Témoignages de terrain : les bienfaits du soutien en santé mentale dans un camp irakien


Les équipes en santé, santé mentale et soutien psychosocial (MHPSS) de Première Urgence Internationale, financées par ECHO, fournissent des services de soins en Irak depuis début avril 2020. Dans l’un de ces campements, Kilo 7, trois personnes ayant bénéficié de ces services nous racontent leur histoire.

©Florent Vergnes | Les personnes déplacées internes font face à une grande pression mentale.

© Florent Vergnes | Les personnes déplacées internes font face à une grande pression mentale.

Kilo 7 est le nom donné à un camp informel de personnes déplacées internes au centre de l’Irak (district de Ramadi) situé sur le kilomètre 7 de la route. À l’origine, c’était un quartier résidentiel d’immeubles mais il a été affecté par le conflit et a subi de fortes destructions.

Ce site informel très peuplé accueille un grand nombre de familles déplacées qui n’avaient accès à aucun soutien en matière de santé mentale jusqu’au lancement du projet « Accroître l’accès à des services intégrés de santé, de santé mentale et de soutien psychosocial, ainsi qu’à des services de protection pour les populations touchées par le conflit et incapables de retourner dans leur région d’origine en Irak ».

Tout au long de son intervention, Première Urgence Internationale a établi des liens forts et de confiance avec la communauté de Kilo 7. Les équipes de santé mentale et soutien psychosocial se rendent régulièrement sur le site pour suivre attentivement les différents cas.

De plus, en septembre 2020, un programme de volontaires communautaires a été mis en place. Ce programme vise à réaliser un transfert de connaissances pour permettre à neuf volontaires communautaires vivant dans le camp informel de Kilo 7 de sensibiliser leurs pairs à la santé mentale, au soutien psychosocial, et aux premiers secours psychologiques.

Témoignages de terrain*

sur nos actions en santé mentale en Irak

« Aicha » – 49 ans

Aicha a 49 ans et est originaire de Ramadi-Kilo 5, dans le gouvernorat d’Al-Anbar. Elle est divorcée et vit dans une maison avec sa famille qui est constituée de 13 personnes. Sa famille a été déplacée durant la guerre de 2014-2017 et elle vit à présent dans le camp informel de Kilo 7.

L’équipe de santé mentale et soutien psychosocial s’est rapprochée d’elle et a commencé à la soutenir. C’est plus tard, en octobre 2020, qu’elle a décidé de rejoindre le programme des volontaires communautaires.

Avant de suivre les sessions, Aicha dit qu’elle était une personne obscure qui ne savait pas comment parler de son ressenti et de son état psychologique.

« Je n’avais pas le courage de parler de mon état et de mes problèmes psychologiques. Je n’avais jamais pensé partager mes maux avec un psychologue ou même à en parler devant les autres car j’avais peur d’être jugée et stigmatisée. »

Suivre les sessions lui a permis de changer sa perception sur la santé mentale et les troubles qui peuvent en découler. Elle a pris conscience de la manière dont elle interagit avec ses enfants, contrôle sa nervosité. Elle dit comprendre l’importance d’une discussion efficace et du dialogue : « Je me sens beaucoup mieux grâce aux soins et au soutien que j’ai reçus. »

Elle a ensuite partagé ce qu’elle avait appris de ces sessions avec des voisions et proches pour sensibiliser et améliorer l’opinion de la société sur les cas de soutien psychologiques : « J’ai sensibilisé ma communauté, éduqué les participants et aidé les gens de ma communauté à s’exprimer davantage, à partager nos problèmes et ne pas se sentir honteux de parler de nos difficultés psychologiques. »

Aicha a remarqué des changements positifs : « Les personnes violentes ou qui avaient du mal à contrôler leur colère et leurs émotions avant, arrivent maintenant à gérer calmement avec les membres de la communauté et les enfants. »

Aicha mentionne aussi les avantages de l’indemnité versée par Première Urgence Internationale pour son engagement au sein des activités d’information et de sensibilisation dans sa communauté. Ce soutien financier lui permet d’acheter des équipements et articles pour sa petite échoppe et rembourser une partie de ses dettes.

« Noor » – 38 ans

Noor a 38 ans et est originaire de Ramadi-Al-Sheraa dans le gouvernorat d’Al-Anbar. Elle est veuve et a quatre enfants. Son mari est décédé durant la guerre de 2014-2017. Noor a enduré de multiples traumas psychologiques à cause du conflit, la perte de son mari et le lourd fardeau d’être responsable de quatre enfants. Elle vit à présent dans le camp informel de Kilo 7 et a rejoint le programme de volontaires communautaires depuis octobre 2020.

« Durant la guerre contre l’État islamique, j’ai été soumise à un gros choc et pression psychologique, surtout après avoir perdu mon mari. J’étais inquiète de la grande responsabilité que je devrai porter toute seule après l’avoir perdu. J’hésitais à parler de mon état psychologique devant les autres. Je pensais que j’allais perdre mes enfants car je bataille énormément pour m’occuper d’eux dans ces conditions difficiles et en l’absence de soutien. Tout cela n’a fait qu’empirer mon état psychologique. »

« Le soutien psychologique que j’ai reçu m’a aidé de beaucoup de façons. Je suis capable de contrôler ma colère et gérer les frustrations tout en prenant de meilleures décisions. Je suis consciente qu’exprimer mes sentiments en en parlant aide à diminuer la tension et améliore mon état psychologique. Je ne garde plus tout pour moi. Je ne suis pas timide et je parle de mes difficultés psychologiques sans hésitation. Je suis plus attentive aux personnes de ma communauté qui ont aussi beaucoup souffert autour de moi. »

Elle décrit son traitement comme suit : « Il a une influence positive sur la façon de traiter mes enfants sans les affecter à cause de mon état psychologique. » Noor se sent plus confiante et comprend qu’en tant que mère de quatre enfants, elle tient un rôle important dans sa famille et dans la société.

« J’exhorte d’autres personnes à participer à ce programme afin de bénéficier de la santé mentale et du soutien psychosocial (MHPSS), il existe de nombreux cas similaires au mien et cela les aiderait grandement. »

Noor a aussi mentionné recevoir une indemnisation en tant que volontaire communautaire, ce qui lui permet de répondre aux besoins essentiels de ses enfants. Alors qu’elle ne reçoit d’aide de personne, ce soutien s’est avéré essentiel.

« Merci à l’équipe MHPSS de Première Urgence Internationale de m’avoir aidée et soutenue. Maintenant je me sens mieux. Mes enfants et moi-même sommes reconnaissants du soutien que nous avons reçu. »

© Florent Vergnes | Santé mentale en Irak : trouver la force pour parler de ses problèmes représente déjà un grand pas.

©Florent Vergnes | Trouver la force pour parler de ses problèmes représente déjà un grand pas.

« Jamila » – 25 ans

Jamila a 25 ans et est originaire de Ramadi, dans le gouvernorat d’Al-Anbar. Elle est mariée et n’a pas d’enfant biologique. Jamila a été lourdement impactée par la guerre de 2014-2017 car une de ses sœurs est décédée et elle a été déplacée. Sa sœur avait un enfant qu’elle a dû adopter car les liens avec le reste de la famille étaient inexistants. Jamila a souffert de multiples traumas et expériences difficiles. Elle a souffert du déplacement, de la perte d’un parent proche et de la nécessité d’adopter et d’élever un enfant qui n’est pas le sien. Elle vit à présent dans le camp informel Kilo 7 et reçoit du soutien en santé mental et psychosocial. Depuis octobre 2020, elle a rejoint le programme des volontaires communautaires.

« Avant, je traitais l’enfant que j’ai adopté d’une manière inappropriée pour son âge, avec des accès de colère et sans pouvoir la contenir ou la comprendre. Après avoir participé aux séances de soutien psychologique, ma façon de traiter cette enfant s’est complètement améliorée. Maintenant, j’écoute et je comprends ses besoins plus calmement. J’ai appris à traiter les enfants en fonction de leur groupe d’âge et à utiliser les méthodes appropriées pour chaque groupe. L’enfant est devenue plus réceptive et m’a écoutée de manière positive suite au changement dans ma façon de la traiter. »

Jamila explique qu’elle a toujours été à la recherche de ce genre de sessions pour faire face à ses difficultés psychologiques : « Cela m’a aidé à améliorer ma confiance en moi et à m’informer sur les façons de réduire les tensions en communiquant systématiquement avec mes proches. »

Jamila contribue aussi au projet en tant que volontaire communautaire et participe à la sensibilisation aux soins de santé mentaux dans la communauté de Kilo 7.

Les personnes vivant sur le camp sont confrontées à de nombreux défis. Elle insiste sur le fait que la communication avec les proches ainsi que le soutien du personnel externe chargé de la santé mentale et de l’aide psychosociale peut réellement aider les personnes à exprimer davantage leurs sentiments et leurs problèmes, et améliorer leur bien-être en matière de santé mentale.

Ceci n’est pas toujours facile face à la pression de la société : « Toute personne dans la communauté est exposée à des pressions psychologiques quotidiennes et ne trouve pas toujours des personnes à qui parler, qui les comprennent et leur donnent des conseils. Toutes ces frustrations s’accumulent et se muent en troubles psychologiques. Parler et discuter aide beaucoup et peut avoir un impact visible à l’échelle de la société entière. »

En tant que volontaire communautaire, Jamila a souligné que l’équipe de Première Urgence Internationale a fourni une indemnisation de soutien aux volontaires durant leur formation, ce qui l’a aidée à acquérir des équipements essentiels pour sa maison et son enfant, en plus de lui permettre de payer ses dettes.

« Je veux remercier Première Urgence Internationale et l’équipe de santé mentale et soutien psychosocial pour l’aide et les soins réguliers qu’ils nous ont apportés. Maintenant, je suis plus compréhensive et consciente qu’avant»

© Première Urgence Internationale | Santé mentale en Irak : campagne de sensibilisation à la COVID-19 à Kilo 7.

© Première Urgence Internationale | Campagne de sensibilisation à la COVID-19 à Kilo 7.

Première Urgence Internationale intervient en Irak depuis 1983 (au début sous le nom d’Aide Médicale Internationale). L’ONG apporte son aide aux réfugiés vulnérables, aux personnes déplacées ainsi qu’aux communautés d’accueil, afin d’améliorer leurs conditions de vie et de renforcer leur résilience, leur permettant ainsi de retrouver dignité et autonomie.

En faisant un don à Première Urgence Internationale, vous permettez aux équipes de continuer leur travail sur le terrain dont les activités de sensibilisation à la santé mentale en Irak ou d’en d’autres pays, auprès des communautés.

Le projet est financé par le service de la Commission européenne de l’Aide Humanitaire et Protection Civile (ECHO).

*Pour respecter la vie privée des populations, les noms des personnes interviewées ont été modifiés


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