Quand la nécessité d’agir vite entre en collision avec la durée d’une crise profonde


Dans le monde, les conflits armés, les catastrophes naturelles, la migration soudaine d’une population peuvent déclencher l’état d’urgence et une intervention humanitaire conséquente. Mais une situation de crise dite « urgente » peut également survenir alors qu’un conflit dure depuis 30 ans.

C’est le paradoxe d’un pays comme l’Afghanistan, où la nécessité d’agir vite entre en collision avec la durée d’une crise profonde. Pour cette raison, Première Urgence Internationale, après 38 ans de contribution à l’amélioration des services médicaux en Afghanistan, a ouvert un département d’urgence et a créé un poste de coordinateur sur la mission. L’objectif ? Augmenter la capacité d’intervention et répondre à l’accroissement des besoins humanitaires.

Elise Ponson, coordinatrice urgence en Afghanistan, a travaillé sur la réponse d’urgence aux flux de déplacés internes et de retournés du Pakistan à l’Est du pays.

« Je suis restée 13 mois en Afghanistan : 9 mois comme coordinateur de zone à Daykundi dans le centre du pays, avec en termes de projet principalement la mise en œuvre des services de santé primaires dans toute la province (39 centres de santé). Ensuite, j’ai travaillé 5 mois comme coordinateur urgence entre Kaboul et Jalalabad ».

Le rôle de coordinatrice urgence, explique Elise, consiste à suivre le travail des équipes, assurer le bon déroulement des programmes dans le respect des normes pour obtenir une réponse efficace. La difficulté la plus grande dans ce travail, c’est la sécurité. Et dans un pays comme l’Afghanistan, il faut rappeler que seulement 3 ou 4 provinces sur 34 sont considérées comme « sûres ». Dans un contexte d’urgence complexe, les associations ont plusieurs niveaux de difficulté pour accéder à certaines zones et rejoindre les personnes les plus touchées par la crise. Le risque politique s’ajoute aux contraintes. En effet, la relation avec les autorités est un facteur dont il faut tenir compte, surtout si l’organisation, comme Première Urgence Internationale se déclare apolitique. L’aide en Afghanistan dépend malheureusement beaucoup de ce facteur.

L’efficacité d’une intervention dans l’urgence dépend également de la capacité à répondre rapidement, de la flexibilité, de la manœuvrabilité et de la mobilisation de l’opinion publique.

Les projets : au-delà de la santé  

Dans ce contexte, Première Urgence Internationale a lancé deux projets d’urgence : un projet de santé et un projet multisectoriel1. Dans la région de Nangarhar et de Kunar, les cliniques mobiles permettent d’apporter des soins et un soutien psychologique aux populations.

Sur 26 jours de travail, les équipes de Première Urgence Internationale sont en mesure d’organiser 1 500 consultations primaires de qualité chaque mois, ce qui équivaut à 57 consultations par jour.

Comme le souligne Elise,

le cœur de la mission de Première Urgence Internationale en Afghanistan est le domaine de la santé, mais la multitude des besoins des populations en crise requiert une réponse d’urgence plus large, qui intègre la santé mentale. 

Privés de leur dignité et de conditions de vie décentes, les déplacés ou les retournés souffrent fréquemment de troubles mentaux. Par ailleurs, le traumatisme généré par les violences et le déplacement soudain, surtout pour les femmes et les enfants, peut générer des complications qui requièrent un traitement spécifique.

Dans les provinces de Kunar et Nangarhar, Première Urgence Internationale a mis en place des services d’aide psychologique, en coordination avec le département de santé mentale du ministère. Le service est disponible sur les cliniques mobiles, où un psychologue peut assurer un dépistage, des conseils et diriger la personne vers un spécialiste. La santé mentale étant trop souvent peu considérée, nos équipes mènent des campagnes de sensibilisation auprès des populations.

Les premiers secours en santé mentale sont une formation au cours de laquelle les équipes expliquent aux adultes et aux enfants qu’ils ont tous les outils et les moyens internes pour sortir de leur situation négative,

précise Elise.

Cette première prise de contact constitue un pas décisif dans la prise en charge des malades. Cependant, certains traumas nécessitent un traitement sur le long terme et un accompagnement conséquent. Comme l’explique Elise,

la meilleure solution serait d’avoir une structure d’accueil ouverte pour des consultations psychologiques. 

Malheureusement le système de santé en Afghanistan n’est actuellement pas en mesure de prendre en charge cette problématique à cause des préjugés sociétaux et du manque de professionnels locaux.

 

1 Le projet de santé est financé par ECHO ( La Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne) et le projet multisectoriel est financé par CHF (Common Humanitarian Fund).

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