« Il faut agir pour cette zone laissée pour compte »


La région du Ouaddai est située à l’Est du Tchad, à la frontière avec le Soudan. Région reculée et oubliée de tous, de nombreux services de base sont manquants. Première Urgence Internationale intervient dans cette zone depuis 2004. Les besoins humanitaires sont préoccupants. Moussa Sogoba, coordinateur terrain à Hadjer Hadid raconte et revient sur l’importance d’agir dans cette zone oubliée.

Situation humanitaire au Tchad : Un village se réunit sous un arbre au Tchad où Première Urgence Internationale intervient

Quelles sont les populations bénéficiaires de l’aide humanitaire que vous apportez dans la zone ?

« La région du Ouaddaï est la région qui concentre le plus de populations dites vulnérables au Tchad. Les vagues de violence dans la région voisine du Darfour au Soudan ont entraîné une arrivée massive de réfugiés en 2004 et 2005. Dans le département d’Assoungha, les réfugiés se sont par exemple installés dans 2 grands camps de réfugiés : Brédjing et Tréguine. Mais beaucoup de réfugiés se sont également sédentarisés et intégrés directement dans les communautés locales. Cet afflux de réfugiés a mis beaucoup de pression sur les ressources d’une région qui en avait déjà peu. Aujourd’hui, encore 300 000 personnes sont toujours réfugiées à l’Est et même les communautés hôtes se retrouvent dans une situation de besoin.

Première Urgence Internationale a décidé de mener des activités orientées principalement vers les populations hôtes, en coordination avec d’autres acteurs qui interviennent auprès des réfugiés. Nous avons développé des activités dans le secteur de la santé, la nutrition mais aussi de soutien économique. Pour cela, nous collaborons avec des groupements d’intérêt économiques locaux que nous formons et qui vont développer ensuite des activités, au service de la communauté, comme du maraîchage par exemple.

Quels sont les besoins de ces populations ?

Les populations locales ont besoin de tout. Pour l’agriculture par exemple, souvent, elles ne consomment pas les denrées là où elles sont produites car elles n’y ont pas accès. L’accès à la nourriture est vraiment très inégal. C’est pourquoi malheureusement, nous rencontrons beaucoup de cas de malnutrition. C’est l’une des maladies majeures sur laquelle nous travaillons. Il s’agit de la détecter, de la soigner, et surtout de mettre en place de la prévention.

Par ailleurs, l’instabilité de la région pèse également fortement sur l’accès à la nourriture. Le banditisme inter-communautaire caractérisé par des vols à mains armés, ou les conflits entre agriculteurs et éleveurs liés aux animaux qui détruisent des champs sont des sources de tensions récurrentes.

Les problèmes sont multiples et s’accumulent. La pression due à l’afflux de population, l’instabilité de la région, l’économie moribonde, le manque de voies d’accès, le changement climatique sont autant d’éléments qui rendent la zone et les populations d’autant plus vulnérables.

En quoi la situation impacte-t-elle l’environnement ?

Situation humanitaire au Tchad : l'environnement représente un réel enjeu également

D’un côté, les êtres humains et leurs activités exercent une pression sur le couvercle végétal. L’élevage se développe et le nombre de têtes de bétails augmente, ce qui veut dire que les espaces de culture se rétrécissent, les points d’eau se raréfient et les sols se dégradent. La gestion des biens naturels est devenue très difficile et est une source de tension supplémentaire.

D’un autre côté, le nombre de personnes augmente et l’eau aussi devient un enjeu crucial. L’accès à l’eau et à une eau potable est difficile pour certaines populations. Il faut protéger les points d’eau qui subissent beaucoup de pression, et notamment celles de l’agriculture.

Le Ouaddaï a de nombreux défis à relever avant d’envisager un relèvement durable. De ce point de vue, les interventions humanitaires restent pour le moment indispensables et ce même si cette région n’est pas sous les projecteurs médiatiques.

Sur une note plus personnelle, quel ressenti gardes-tu de cette mission ?

Je suis satisfait de cette mission et de ce que l’on a bâti tous ensemble avec les équipes et les populations. Nous bénéficions d’une bonne acceptance dans la zone ce qui est toujours primordial pour notre travail. J’espère à l’avenir que nous pourrons développer nos activités dans d’autres zones également en fonction des besoins et des ressources. Je pense que notre présence y est plus que pertinente. Nous sommes pratiquement la seule ONG humanitaire internationale à intervenir dans cette zone laissée pour compte ».

Ce projet au Tchad est soutenu par la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (ECHO).

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StatsChaque année, Première Urgence Internationale affecte l’essentiel de ses ressources aux programmes qu’elle déploie sur ses différents terrains d’intervention et seulement 0,5% à la recherche de fonds. Vos dons sont essentiels.

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