Comprendre la situation alimentaire et nutritionnelle en Corée du Nord


Camille, ingénieur spécialisé dans le développement agricole, nous aide à mieux comprendre la situation de la Corée du Nord au niveau alimentaire et nutritionnelle.

Camille examine une chèvre en compagnie d'agriculteurs nord-coréens

Après un passage dans une école d’ingénieur agronome et une spécialisation en « Agriculture comparée et développement agricole », Camille a commencé à travailler pour des ONG au Cameroun, en Chine et en Géorgie. Ces différentes expériences l’ont amené à s’intéresser aux agricultures collectivisées et aux systèmes agricoles dans lesquels les fermes gèrent leurs produits comme une entreprise commune. Progressivement, il a développé un vif intérêt pour le système agricole très particulier de la Corée du Nord.

Camille nous explique la situation alimentaire et nutritionnelle en Corée du Nord

La situation alimentaire dans le pays est difficile à cerner, notamment parce qu’il est difficile de recueillir des données statistiques. Le système économique en place permet une répartition assez égalitaire de la production en milieu rural, mais les rations distribuées sont systématiquement en deçà des objectifs officiels (1). De plus, le gouvernement ne communique pas sur la composition de ces rations : il donne simplement un équivalent céréalier moyen (sans apporter des clarifications précises sur la désagrégation de ces rations selon l’âge et les groupes de population). Enfin, la diversité du régime alimentaire reste très limitée et ne se compose que de riz, de maïs, de patates douces, de pommes de terre, de choux et de soja (2).

Notons aussi que la Corée du Nord est touchée régulièrement par des catastrophes naturelles. Les inondations et les sécheresses, amplifiées par le manque d’infrastructures dans le pays et la déforestation, ne font qu’accroître le phénomène d’insécurité alimentaire qui frappe la population.

Ainsi, en 2017, un rapport de l’ONU estimait que plus de 41% de la population nord-coréenne vivait en situation de sous-nutrition (soit environ 10,5 million de personnes). Les familles compensent parfois en organisant de petites productions privées, avec un potager et quelques petits animaux. Néanmoins, un rapport de la mission conjointe FAO-PAM de 2013 étudiant la composition des repas au sein des familles mettait en lumière un déficit calorique moyen de 30% et protéique de 25%.

L’action de Première Urgence Internationale

Depuis 2008, Première Urgence Internationale base son action en Corée du Nord sur la diversification alimentaire des enfants en soutenant la culture maraîchère, l’élevage de lapins, et la production de lait de chèvre ainsi que de lait de soja.

Les programmes actuels ont pour objectif d’augmenter la production d’aliments riches en protéines grâce au développement de l’élevage caprin notamment. En effet, un verre de lait de chèvre apporte jusqu’à un tiers des apports protéiques quotidiens recommandés aux enfants ; de plus la production laitière a lieu en pleine période de soudure.

Première Urgence Internationale agit ainsi à deux niveaux complémentaires sur tous les maillons de la production. Dans les fermes collectives et les foyers d’abord, elle forme et équipe les fermiers pour assurer le bon déroulement de toutes les étapes de la production jusqu’à la consommation des produits laitiers. L’objectif est d’améliorer la qualité des fourrages, des troupeaux et de leur santé vétérinaire, des conditions d’élevage, de la transformation et de la conservation du lait, et enfin, de la distribution et de l’hygiène de la consommation.

Le deuxième niveau d’intervention est régional. En développant les compétences de professeurs d’universités agricoles, Première Urgence Internationale permet l’amélioration des connaissances des futurs cadres de l’agriculture régionale (directeurs de fermes, ingénieurs, vétérinaires, responsables de comités populaires) afin d’obtenir un impact plus global et de longue durée.

L’importance de la présence des ONG en Corée du Nord

Les projets portés par Première Urgence Internationale en Corée du Nord sont très utiles à la population coréenne, mais nécessitent du temps, des analyses, ainsi qu’un fort suivi souvent rendu complexe de par la situation du pays.

La présence des ONGs assure une ouverture précieuse sur un pays très fermé. Ensemble, les 6 ONG européennes opérant en Corée du Nord mènent des projets dans 8 des 9 provinces du pays, récoltant des informations et données sur le contexte, négociant avec les autorités à tous les niveaux, et mettant en avant les principes humanitaires auprès des populations. Ces organisations permettent finalement à une population très isolée d’être en contact avec des interlocuteurs étrangers et leur offre une fenêtre sur le monde extérieur.

(1) 18 millions de personnes, 70% de la population, dépend du système public de distribution (PDS). Selon les UN, les rations sont systématiquement inférieurs aux standards de 573 grammes par personne par jour.
Pour en savoir plus (article en anglais) :
https://reliefweb.int/report/democratic-peoples-republic-korea/dpr-korea-needs-and-priorities-march-2017

(2) Les récoltes du maïs et du riz ont lieu entre la fin d’août et octobre et la période de soudure s’étend de mai à août

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