Nigeria : Première Urgence Internationale se mobilise contre les violences basées sur le genre


Pour lutter contre les inégalités de genre et les violences faites aux femmes et aux filles, Première Urgence Internationale mène plusieurs activités de protection dans le quartier de Bolori II à Maiduguri, Nigeria. Depuis 2018, les équipes de l’ONG ont formé une centaine de volontaires qui les aident à relayer leurs messages au sein des communautés. Pour que demain, les violences sexuelles et les inégalités basées sur le genre ne soient plus un tabou dans ce pays.

« You and I stand against rape. » Session de sensibilisation sur les violences sexuelles par les équipes de Première Urgence Internationale – novembre 2019

Au nord-est du Nigeria, Maiduguri est une ville-refuge pour des millions de civils déplacés, arrivés massivement pour fuir le conflit provoqué par les violences de Boko Haram. Première Urgence Internationale intervient dans la ville depuis 2016, et y fournit notamment des soins de santé, une prise en charge nutritionnelle et une assistance alimentaire.

Depuis 2018, un programme de prévention et sensibilisation est mis en place sur la thématique de la protection, et aborde notamment la question des violences basées sur le genre. L’association a développé des campagnes de sensibilisation avec le soutien de relais communautaires, des groupes de discussion pour recueillir des infos sur les pratiques et faire passer des messages, mais également une veille et collecte des données pour référencer individuellement les cas les plus vulnérables.

Briser les tabous grâce à des médias modernes

Des sessions de sensibilisation sont animées régulièrement dans la ville par 120 volontaires, aussi appelés « relais communautaires ». Eux-mêmes sont formés une fois par mois par l’équipe Protection de Première Urgence Internationale. Les sessions de sensibilisation s’adressent à des groupes de 40 à 50 personnes, et portent soit sur des thématiques particulières (comme le choléra par exemple, pour lutter contre l’épidémie de l’été 2019), soit sur des thématiques générales de protection (vastes thèmes allant de comment lutter contre les agissements sexistes, les mauvais traitements éducatifs, à comment agir pour éviter un mariage forcé). Les relais communautaires sont formés pour privilégier une approche interactive et utilisent par exemple des jeux de rôle, pièces de théâtre ou mises en scène. Depuis août 2019, plus de 17 000 personnes ont participé à ces sessions de sensibilisation.

En parallèle, les équipes de Première Urgence Internationale animent des groupes de discussion en plus petits comités. Les participants (6 à 10 personnes maximum) sont répartis en catégories homogènes (exemple : les jeunes femmes de 16 à 20 ans ensemble) afin de créer un climat de confiance et de confidentialité. Objectif : faire passer des messages, mais aussi récolter des infos sur les pratiques courantes dans la communauté. C’est l’occasion d’aborder le tabou des règles, le sujet des violences conjugales, les conséquences du viol…

Ce programme de prévention se retrouve aussi sur les ondes d’une radio locale, Peace FM, très écoutée tant par la communauté hôte de Maiduguri que par les personnes nouvellement déplacées, et utilisée notamment par les ONG pour véhiculer des messages de sensibilisation. Depuis novembre 2019, Première Urgence Internationale diffuse chaque semaine des ‘jingles’ avec des messages-clés, en haoussa et en kanouri (langues locales). Exemples : « Les femmes sont le pilier des progrès d’une société » ; « L’égalité des genres doit être notre priorité » ; « Rejoignons le reste du monde pour célébrer la Journée internationale pour les droits des femmes le 8 mars ».

Une sensibilisation nouvelle, qui porte ses fruits et a des impacts concrets sur le terrain. « Il y a quelques semaines, j’ai discuté avec une femme, lors d’un groupe de discussion », raconte Camille Attias, chargée de projet Protection sur la mission Nigeria. « Elle m’a dit : ‘Maintenant, je ne laisse plus ma fille adolescente faire la manche, parce que j’ai entendu à la radio que ça pouvait être dangereux et qu’elle pouvait se faire agresser sexuellement’. »

Instaurer un suivi sur le long-terme

Les équipes de Première Urgence Internationale ont également mis en place de solides outils de veille et suivi. Les équipes sont sur le terrain tous les jours pour récolter des données sur les tendances observées dans le camp de Bolori II. Les chiffres-clés sont compilés mensuellement et ont permis de recueillir des données auprès de 10 000 personnes : depuis janvier 2020, par exemple, 497 femmes enceintes ont assisté à au moins 2 sessions d’information prénatale, pour se préparer à l’accouchement et bénéficier d’une information médicale fiable.

La veille se fait aussi au niveau des nouveaux arrivants dans la zone de Bolori II : déterminer combien ils sont, où ils s’installent… Car nombre d’entre eux s’installent directement chez d’autres familles sans transiter par des camps. « C’est parfois compliqué d’avoir une image claire des besoins des populations », explique Camille Attias. « Donc on va voir les gens, on évalue les besoins prioritaires, et on fait du plaidoyer auprès de partenaires et autres ONG pour avoir du soutien le cas échéant et alerter sur la situation ». Les cas dits ‘extrêmement vulnérables’ sont référés par les équipes Protection aux équipes Santé, Nutrition ou Sécurité alimentaire de Première Urgence Internationale, ainsi qu’à d’autres services fournis par des partenaires. C’est le cas par exemple pour des jeunes femmes qui doivent se prostituer pour pouvoir vivre et manger (survival sex).

À partir de ce référencement et de cette connaissance des populations, Première Urgence Internationale mène aussi des activités sur le long-terme pour favoriser le bien-être mental et aider certains déplacés à parler de leur vécu traumatique. « Dans une petite maison, une ‘safe place’, on dispose des fauteuils et on se pose pour discuter avec un groupe de 5 ou 6 personnes, qu’on réunit d’une semaine sur l’autre. On leur demande : Qu’est-ce que vous savez des inégalités de genre ? Qu’est-ce que vous avez-vous-même vécu sur ce sujet ?’ Et après la discussion, on propose une activité de peinture, pour que chacun.e présente son dessin et raconte, à travers ce support, les traumatismes vécus. »

« On tend de plus en plus à développer ce type de suivi, en collaboration entre les équipes Protection et Santé mentale », analyse Camille Attias. Les projets s’appuient régulièrement sur des activités de loisirs (musique, sport) dans lesquelles les personnes peuvent trouver un exutoire, tout en étant accompagnées par des professionnels. En décembre 2019, un match de football mixte a été organisé avec des jeunes de la communauté. Les équipes étaient mixtes, filles et garçons. Et après le sport collectif, une session de réflexion et discussions communes avait été lancée sous un arbre, à côté du terrain, pour parler des inégalités de genre. « Nous avons eu des échanges passionnants. Ça a super bien marché ! »

Tout au long du mois de mars, Première Urgence Internationale développe également des activités spécifiques, en écho à la Journée internationale pour les droits des femmes. Une marche est par exemple prévue dans le quartier de Bolori II, conjointement avec d’autres ONG et partenaires.

 

Toutes ces activités ont été mises en place grâce au soutien financier des États Unis et du peuple américain (USAID-OFDA).  Au total, depuis le début de ce projet, plus de 24 000 personnes ont pu participer à des ateliers de sensibilisation sur ce vaste sujet de la protection, à Maiduguri.

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