MALI : Les populations déplacées se réfugient dans la région de Kidal


La région de Kidal, autrefois épicentre de la crise politico-sécuritaire au Mali, a connu depuis 2019 une relative accalmie. Cependant, depuis quelques mois, Kidal fait face aux arrivées de plus en plus conséquentes de populations déplacées en provenance du nord et du centre du pays, du fait de la dégradation du contexte dans ces zones. En effet, certaines communautés sont forcées à quitter leur village et abandonner leurs ressources pour des raisons sécuritaires, et vont se réfugier dans des régions plus calmes telles que Kidal.

Clinique mobile de Première Urgence Internationale, aire de santé d’Intilbane, cercle de Kidal, septembre 2022| © Première Urgence Internationale

En septembre 2022, plus de 650 ménages en provenance de Talataye (cercle d’Ansongo, région de Gao) se sont réfugiés dans la région de Kidal. Afin de répondre à leurs besoins sanitaires, les équipes mobiles de Première Urgence Internationale ont été déployées sur les sites d’accueil des déplacés. Au total, les équipes de Première Urgence Internationale ont réalisé 257 consultations médicales gratuites sur ces sites durant le mois de septembre.

Discussion avec Kadia, cercle de Kidal | © Première Urgence Internationale

Kadia, qui vivait à Talataye, témoigne :

PUI : Pourquoi êtes-vous venue chercher de l’aide ?

Kadia : Les assaillants ont fait irruption dans notre ville (Talataye) et ont massacré nos époux. Ils ont voulu tuer les jeunes garçons et abuser des jeunes filles. Nous avons quitté la ville en courant, sans chaussures, portant sur nos dos de jeunes enfants. Nous avons marché sur une distance de plus de 30 kilomètres, sans eau. Après cette longue et pénible marche, nous avons trouvé un troupeau d’ânes. Cela nous a permis de faciliter le transport des personnes les plus fragiles. Après une longue semaine de marche, nous avons pu embarquer dans des camions qui nous ont permis de rejoindre Amacine (région de Kidal). Nous n’avions aucun bagage car ils ont tout brûlé.

Nous avons opté pour Kidal car nous pensons y être plus en sécurité, aussi la peur que les ennemis nous rattrapent ne s’est jusqu’ici pas dissipée. C’est à Amacine que nous nous sommes rendus compte de l’éparpillement des populations de Talataye, rescapées des différentes tueries dont elles ont été victimes. Certaines sont allées à Gao et d’autres à Ansongo.   

« Nous avons quitté la ville en courant, sans chaussures, portant sur nos dos de jeunes enfants »

PUI : Quel type d’assistance avez-vous reçu ?

Kadia : A notre arrivée nous étions désorientés, épuisés et sous pression. Imaginez l’amertume ressentie par un parent qui a perdu son enfant, c’est très difficile à surmonter. Imaginez dans quel état peut être une femme dont l’époux est assassiné devant elle. Et le fait d’être contraintes de quitter notre terroir, où nous avons grandi. Les massacres de masse dont nous avons été témoins.

Arrivés au site dédié aux déplacés, on nous a accueillis chaleureusement. Plusieurs acteurs humanitaires nous ont visité, dont Première Urgence Internationale, qui a soulagé nos douleurs par des soins médicaux rapides. Votre intervention a donné espoir aux personnes les plus fragiles. Ces visites nous ont remonté le moral après que nous ayons tout perdu.   

PUI : De quel type d’aide avez-vous besoin ?

Kadia : Les abris, la nourriture et l’éducation pour nos enfants sont pour le moment nos besoins les plus pressants. Nous n’envisageons pas de retourner chez nous tant que la paix n’est pas revenue.

Prise en charge médico-nutritionnelle et vaccination des personnes déplacées internes par les équipes mobiles de Première Urgence Internationale, aire de santé d’Intilbane, cercle de Kidal | © Première Urgence Internationale

 

Avec la participation du Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme, et d’ARCAD Santé Plus.


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