« Je veux montrer la vie en Afghanistan telle qu’elle est vraiment »


Roya Heydari, 27 ans, est une photographe professionnelle afghane. En décembre, elle a passé deux semaines avec les équipes de Première Urgence Internationale, dans l’Est du pays. Du Nangarhar au Nuristan, elle a documenté les activités de l’ONG, à travers une série de photos puissantes et réalistes.

© Roya Heydari.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

J’ai démarré la photo en 2012. Je voulais au départ étudier les sciences politiques, mais je me suis rapidement rendue compte que l’art pouvait être encore plus puissant que la politique. Étant moi-même réfugiée, j’ai grandi dans un autre pays que celui de ma naissance, et ce que j’entendais de mon pays natal était toujours négatif et sombre. J’ai compris que la photo était un excellent moyen de montrer une nouvelle image de l’Afghanistan et d’influencer les mentalités, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est pour ça que je publie régulièrement des images positives de mon pays, sur les réseaux sociaux. Je veux que les gens voient ce que c’est réellement la vie en Afghanistan. Que ça n’est pas seulement ce dont ils entendent parler dans les médias.

Comment décririez-vous votre style de photos ?

Je fais avant tout de la photographie documentaire, car je veux montrer la réalité du quotidien. Je n’aime pas les photos posées, préparées. Je veux montrer la vie en Afghanistan telle qu’elle est.

Comment avez-vous découvert le travail de Première Urgence Internationale ?

J’ai été sollicitée pour proposer mes services de reporter photo, et j’ai tout de suite eu envie de faire partie de cette aventure. J’avais particulièrement envie d’aller dans la région du Nangarhar : j’y avais déjà été plusieurs fois, mais à chaque fois pour une courte durée. Je voulais passer davantage de temps dans cette province de l’Est et voir comment je pourrais la représenter en photos. J’étais curieuse, aussi, de comprendre exactement quel type de programmes mène Première Urgence Internationale en Afghanistan. Jusqu’alors, j’avais surtout vu des images de leurs activités sur le continent africain, et cela m’intéressait de les aider à illustrer leur travail sur le sol afghan.

Avez-vous fait face à des difficultés particulières lors de cette mission ?

Il n’y a pas eu de difficulté particulière. Mais le fait de devoir porter le chadari (burka) était, pour moi, un défi car je n’y étais pas habituée.

Avez-vous découvert des choses, expérimenté des choses inattendues ?

Je n’avais jamais vu autant de gens lire en Afghanistan. Dans tous les rickshaw (pousse-pousse), je voyais les passagers assis sur le siège arrière, un livre à la main. J’en ai même vu certains profondément plongés dans leur lecture alors que le véhicule les secouait dans tous les sens pour se frayer un chemin dans les rues bondées de Jalalabad.

J’étais aussi très surprise de voir autant de gens utiliser les roupies pakistanaises comme monnaie. Je ne savais pas que dans mon propre pays, on utilisait encore quotidiennement une monnaie étrangère. Cependant, j’ai appris depuis que le gouverneur a récemment décidé d’interdire l’usage de la roupie pakistanaise dans cette province.

Avez-vous pu photographier facilement les habitants ?

Avant tout, j’ai été extrêmement bien reçue et accueillie. Les habitants du Nangarhar sont très aimables, vraiment attentionnés avec leurs invités. Comme dans tout l’Afghanistan, c’est très difficile de photographier des femmes. Il faut vraiment gagner la confiance des gens, les mettre à l’aise, les rassurer, avant de pouvoir demander à photographier des femmes. Une fois qu’on a établi ce lien, cela devient possible. Mais cela prend du temps !

Les enfants, eux, sont toujours faciles à photographier. La plupart du temps, les petits Afghans adorent être pris en photo et regarder le résultat. Souvent, ils demandent même eux-mêmes à ce qu’on les photographie quand ils voient quelqu’un avec un appareil photo.

Quelle est la photo dont vous êtes la plus fière ?

Les plus belles photos sont celles où le sujet se prête au jeu et vous laisse le photographier naturellement, tel qu’il est. Quand la personne photographiée est intéressée par le résultat et qu’elle vous laisse entrer dans son quotidien et son mode de vie, pour qu’on puisse prendre la meilleure photo. Dans le district de Khas Kunar, j’ai rencontré une femme qui était curieuse de mon travail et qui m’a laissée la photographier de face, sans voile. Cela a pris du temps, mais j’ai finalement eu cette superbe occasion de faire un portrait de femme afghane.

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