En RDC, l’épidémie d’Ébola n’est pas terminée : nous poursuivons la riposte


Alors que le monde entier fait face à la pandémie de COVID-19, la République Démocratique du Congo (RDC) est toujours en train de lutter contre une autre épidémie mortelle. Alors qu’elle était sur le point d’être déclarée terminée, le 12 avril, la maladie à virus Ébola a fait une nouvelle victime le 9 avril, prouvant que l’épidémie, active depuis déjà vingt mois, n’était pas encore vaincue. Première Urgence Internationale poursuit activement ses programmes de prévention et sensibilisation, pour ralentir la propagation du virus et espérer venir à bout de la maladie.

Prévention dans la lutte contre Ébola dans une école à Goma

©Gwenn Dubourthoumieu / Première Urgence Internationale  – Mars 2020.

Depuis le 1er août 2018, la République Démocratique du Congo (RDC) fait face à la 10e épidémie du virus Ébola sur son territoire, pour la première fois dans une région touchée par les conflits armés. Un virus particulièrement létal –deux personnes atteintes sur trois y succombent-, qui fait partie de la large famille des fièvres hémorragiques, et qui tue en 10 à 15 jours en l’absence de traitement. En un an et demi, plus de 2 200 malades en sont déjà décédés.

Cette épidémie mortelle est toujours active aujourd’hui, alors que le virus du COVID-19 vient également de faire son apparition en RDC, et que le pays fait face, en parallèle, à deux autres grands fléaux sanitaires : le paludisme et la rougeole.

Freiner le virus et sensibiliser les populations

Première Urgence Internationale est présente en RDC depuis 2001 et participe à la riposte sanitaire de prévention et contrôle des infections, pour lutter notamment contre Ébola. L’ONG avait déjà déployé un programme similaire lors de l’épidémie d’Ébola en Guinée, en 2015-2016. Depuis février 2019, Première Urgence Internationale a ouvert une base dans le Nord-Kivu, à l’Est de la RDC, et mis en place un programme dédié avec une équipe d’environ 70 personnes, dans une région et un pays qu’elle connaît bien.

Aux côtés des acteurs de traitement de l’épidémie, dont l’Organisation Mondiale de la Santé, l’ONG mène donc depuis 11 mois, et encore jusqu’à fin août 2020, un programme de prévention et contrôle de l’infection dans 24 centres de santé et auprès de 40 tradi-praticiens (acteurs de la médecine traditionnelle) à Goma, grâce au soutien financier d’OFDA (1).

L’objectif de ce programme de riposte est double : interrompre la transmission du virus et notamment prévenir la contamination des personnels de santé ; et sensibiliser les communautés pour maintenir ou rétablir la confiance des populations dans le système de santé, et permettre une détection plus rapide du virus, tout en maintenant un suivi performant des autres pathologies.

« Lorsque l’épidémie s’est déclarée à l’Est de la RDC en août 2018, nous avons constaté que les structures de santé de Goma, la plus grande ville de la région, n’étaient pas prêtes à faire face à une épidémie. Or, Goma est une ville à forte densité de population et avec beaucoup d’échanges avec les zones infectées par le virus Ébola telles que Béni, Butembo et Katwa. Goma est aussi une plateforme internationale, frontalière avec le Rwanda, et possédant un aéroport international. Une épidémie à Goma serait une catastrophe ! », résume Frida Bonou-Zin, responsable du projet de riposte pour Première Urgence Internationale.

Lutter contre les rumeurs et fausses informations

« Nous avons donc décidé d’agir pour prévenir l’épidémie, au niveau communautaire et au niveau des structures de santé. L’accès à l’eau étant un problème de première importance à Goma, nous avons raccordé les centres de santé au réseau d’eau de la ville ou installé des réservoirs et systèmes de collecte de l’eau de pluie. Nous avons aussi formé 40 tradi-praticiens et 150 relais communautaires. », détaille Frida Bonou-Zin. « C’est un élément clef de notre stratégie, car la population a peur du virus Ébola et beaucoup de personnes refusaient de se signaler en cas de symptômes suspects. Les relais communautaires nous ont aidés à diagnostiquer les cas suspects et se déplaçaient auprès des malades pour les sensibiliser. Avec leur aide, nous avons travaillé à faire taire les rumeurs et les fausses informations qui circulaient à Goma et à faire prendre conscience de la réalité de la menace. Désormais, la population est vigilante et mieux informée. Les alertes de cas suspects sont bien plus nombreuses et nous voyons des ménages s’équiper par eux-mêmes de dispositifs de lavage des mains. »

Voir aussi : Vidéo « Vrai / Faux » : Que savez-vous vraiment sur le virus Ébola ?

Le 17 juillet 2019, le virus arrive néanmoins à Goma, jusqu’alors épargnée par l’épidémie. « La détection de ce premier cas, dans un des centres de santé soutenus par Première Urgence Internationale, confirme la pertinence de notre positionnement mais confirme surtout le risque que la maladie à virus Ébola continue à se propager dans la région. La vigilance est absolue. », avertissait Anne-Gaëlle Bril, responsable des missions Afrique à l’époque.

S’en suit une période de surveillance de 21 jours (période d’incubation du virus) pour les équipes de la riposte. « Chaque matin et chaque soir, nous devions surveiller notre température, la peur au ventre », témoigne Faustin Chikuru Chabwene, infirmier du centre de santé Afia Himbi de Goma, où le premier cas d’Ébola avait été détecté. « Fort heureusement, grâce aux équipements de protection et à la formation que nous a donné Première Urgence Internationale, personne du centre ni dans nos familles n’a été contaminé. L’homme, lui, est décédé après deux jours. C’était le premier cas détecté à Goma. »

Après 21 jours, aucun autre cas n’est détecté dans le centre de santé. Durant la deuxième quinzaine de juillet, trois autres cas d’Ébola ont été notifiés à Goma. Aucun ne donnera lieu à une propagation d’envergure, la transmission dans la ville a été stoppée. Au fil des semaines, le risque épidémique réduit et les programmes de prévention et contrôle reprennent leur fonctionnement normal. Les équipes de Première Urgence Internationale observent de moins en moins de rumeurs au sein des communautés. « Nous avons vu une augmentation du nombre de consultations dans nos centres médicaux, prouvant la confiance des populations envers nos structures », témoigne Elodie Kavira Mukirania, infirmière au centre médical Saint Luc, à Goma. « Nous avons pu traiter et limiter plusieurs infections nosocomiales, et améliorer nos capacités de diagnostic et alerte précoce face à des cas suspects de maladie à virus Ébola. Une capacité très précieuse dans cette zone où la résistance communautaire était forte. »

Prévention dans la lutte contre Ébola© Gwenn Dubourthoumieu / Première Urgence Internationale  – Mars 2020.

Poursuivre le travail de prévention

Au fil des mois, la propagation du virus ralentit peu à peu dans l’ensemble du Nord-Kivu, tout particulièrement dans le grand Nord de la province et les localités de Beni et Butembo, épicentre de l’épidémie. Entre le 17 février et le 8 avril 2020, aucun nouveau cas de maladie à virus Ébola n’est observé en RDC. Mais le 9 avril, alors que le COVID-19 vient de faire son apparition dans le pays, et à trois jours de pouvoir déclarer officiellement la fin de l’épidémie Ebola, un nouveau cas de maladie à virus Ébola est enregistré dans le territoire de Beni, Nord-Kivu. Le malade, un homme de 26 ans, décède le jour-même.

Ce nouveau cas refait basculer l’épidémie dans une phase active : en tout, six cas de maladie à virus Ébola sont enregistrés en deux semaines. Une résurgence qui confirme une nouvelle fois la pertinence des programmes de prévention et de veille, face à ce virus mortel qui n’est pas encore définitivement vaincu. En RDC, la riposte contre Ébola se poursuit toujours.

Les équipes de Première Urgence Internationale continuent leur travail de prévention et contrôle pendant quelques mois encore, pour maintenir la sensibilisation, limiter la résurgence du virus dans la province et participer au renforcement du système de santé, composante essentielle de toute riposte. Pour permettre, sur le plus long terme, la diminution des vulnérabilités des populations de la région.

Toutes les actions mises en place dans le cadre de ce projet de prévention et contrôle des infections seront et sont déjà utiles en parallèle dans le cadre de la riposte au COVID-19 (cinq cas ayant été notifiés dans le Nord-Kivu à ce jour).

 

(1) Toutes ces activités ont été mises en place par Première Urgence Internationale grâce au soutien financier des États Unis et du peuple américain (USAID-OFDA).  

 

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