Dérèglement climatique et conflits : un lien nuancé mais réel


A l’occasion de sa Semaine de la Terre, Première Urgence Internationale lance aujourd’hui une série d’articles axée sur l’environnement qui permettra de détailler les actions concrètes mises en place et les objectifs fixés pour aller plus loin dans son engagement environnemental.

©C.Maigne | Les pays en situation de conflit se retrouvent dans une position de vulnérabilité importante face aux risques climatiques

© C.Maigne | Les pays en situation de conflit se retrouvent dans une position de vulnérabilité importante face aux risques climatiques.

Le premier article de cette série souligne le lien complexe entre conflits et dérèglement climatique. Le choix de cette thématique n’est pas un hasard puisque 2021 est la première année où l’International Crisis Group a inclus dans sa liste des 10 conflits à surveiller : le dérèglement climatique.

« Le dérèglement climatique n’est pas un phénomène nouveau mais il s’accélère et par conséquent son impact sur les conflits devient de plus en plus perceptible. En réalité, il n’existe pas de lien de causalité direct entre dérèglement climatique et conflits armés. Tout dépend de la capacité des gouvernements à réagir face aux phénomènes climatiques et à l’ampleur des phénomènes eux-mêmes, témoigne Jean Javogues, Directeur du développement et de l’innovation, il ajoute : « On se rend compte que de nombreux gouvernements ont de réelles difficultés à y faire face, que cela concerne l’insécurité alimentaire, la pénurie d’eau, les migrations, ou encore la concurrence pour les ressources naturelles. »

Lors de la COP21 en 2015, les états se sont engagés à contrer ce réchauffement climatique et à limiter la hausse des températures à +1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et à maintenir le réchauffement en-dessous de +2°C d’ici à 2100.

« Malgré une réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2020, essentiellement due à la pandémie de la COVID-19, on se trouve actuellement sur une trajectoire qui oscille entre +2,7° et +3,1° en 2100, donc bien au-delà des recommandations scientifiques avec des risques de passer des points de non-retour », insiste Jean Javogues.

Impact direct sur les populations

Une étude de l’université de Stanford publiée en 2019 affirme que dans un monde à +4°C les conséquences du dérèglement climatique auraient une influence sur environ 26% des conflits existants. Entraînant des conséquences au niveau économique et politique notamment en matière de migrations.

« Le dérèglement climatique est un multiplicateur de risques et il agit comme facteur aggravant sur les risques économiques, sociaux et politiques, analyse Jean Javogues, il ajoute : « Il dépend principalement du contexte local et du niveau de vulnérabilité des populations concernées, mais plus précisément le dérèglement climatique va avoir un impact sur l’abondance des ressources naturelles et donc la compétition pour celles-ci. Qu’elle soit réelle ou imaginée, c’est la perception d’une pénurie qui agit sur les risques de conflit. »

Sur les 20 pays estimés les plus vulnérables aux conséquences du dérèglement climatique, 12 sont actuellement en situation de conflit selon le CICR. Dont le Mali, le Niger, l’Afghanistan et la République démocratique du Congo qui font d’ailleurs partie des zones d’intervention de Première Urgence Internationale.

© Première Urgence Internationale | Dérèglement climatique et conflits, un membre de l'ONG en mission sur le terrrain.

© Première Urgence Internationale | Un membre de l’ONG en mission sur le terrain.

N’ayant qu’une capacité affaiblie pour implémenter des mesures d’adaptation, les pays en situation de conflit se retrouvent dans une position de vulnérabilité importante face aux risques climatiques.

Certains gouvernements de pays tels que le Myanmar par exemple, vont devoir s’adapter au changement climatique de façon permanente si on considère l’effet de montée des eaux.

L’exemple du Myanmar

L’économie du pays dépend principalement de ses ressources naturelles notamment l’extraction minière, la pêche et l’agriculture du riz.

« Ces activités économiques sont particulièrement sensibles aux conséquences du dérèglement climatique, que ce soit la hausse des températures ou la variabilité accrue des précipitations, explique le Directeur du développement et de l’innovation, il ajoute : « Le Myanmar est un pays intrinsèquement enclin aux phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations, les cyclones, les sécheresses et les fortes moussons. »

En 2008, le cyclone Nargis a dévasté les côtes birmanes en faisant plus de 130 000 morts et disparus. Un exemple tragique de ce que l’on risque de voir de plus en plus fréquemment dans les années à venir.

Autre problématique importante : la montée des eaux. Si les eaux augmentent de 0,5 mètres cela causerait le retrait de 10 kilomètres vers l’intérieur de la zone principale de production du pays : le delta d’Ayeyarwady.

© Jeanne | Terrain agricole au Myanmar, Première Urgence Internationale prend en compte le dérèglement climatique dans les conflits.

© Jeanne | Terrain agricole au Myanmar.

Les prédictions climatiques sont préoccupantes pour le Myanmar avec une prévision d’augmentation des températures de 5,5° d’ici 2100 selon USAID. Ce qui provoquerait certains des impacts listés dans l’encadré ci-dessous.

« Le dérèglement climatique va perturber les écosystèmes naturels du Myanmar avec des impacts sur le secteur agricole et de la pêche, ce qui aura des conséquences politiques et socio-économiques importantes, prévient Jean Javogues, il ajoute : « La situation politique du Myanmar est actuellement très préoccupante et sachant que le dérèglement climatique agit comme multiplicateur de risques, c’est d’autant plus alarmant. Il va falloir surveiller la situation de près. »

Rareté de l’eau

D’autres pays comme la Syrie font face à des risques croissants de pénurie d’eau. De multiples sécheresses sévères ont impacté le système agricole syrien depuis 1900 et ont mené à des situations d’insécurité alimentaire provoquant un exode de milliers de personnes vers les grandes villes, avec toutes les pressions que cela engendre pour les communautés hôtes et nouvelles.

« Certes, on ne peut pas directement lier le conflit syrien au changement climatique, mais ce dernier fait partie intégrante des nombreux facteurs qui ont provoqué les soulèvements de 2011 », précise le Directeur du développement et de l’innovation.

Plusieurs pays comme le Tchad et le Yémen présentent également des situations alarmantes à surveiller.

« La diminution des ressources en eau renforce le risque de conflits et de tensions. On remarque que dans beaucoup des situations étudiées, le dérèglement climatique n’est pas à l’origine des conflits mais les aggrave et les prolonge », note-t-il.

Le rôle des humanitaires

Première Urgence Internationale met l’environnement au centre de ses préoccupations depuis 2020.

En décembre 2020 déjà, l’ONG était signataire de la « Déclaration d’engagement des organisations humanitaires sur le climat ».

Elle est également engagée dans la mutualisation d’un bilan carbone avec d’autres ONG humanitaires françaises. À travers le Groupe Bilan Carbone, Première Urgence Internationale contribue à l’harmonisation des périmètres d’évaluation (carbone) entre les associations du secteur tout en assurant un plaidoyer sur les questions environnementales.

« Les humanitaires ont un rôle essentiel à jouer que ce soit en termes de témoignage et plaidoyer, de renforcement des capacités locales ou encore de la résilience des populations », insiste Jean Javogues.

C’est pourquoi Première Urgence Internationale s’engage à prendre en compte les enjeux du dérèglement climatique dans ses missions existantes et à venir.

« Le dérèglement climatique a le pouvoir de déstabiliser les institutions politiques ce qui va augmenter les risques de conflit avec des conséquences humanitaires importantes. En altérant la nature et la gravité des crises humanitaires il va aussi faire évoluer le caractère des conflits », souligne-t-il.

Quelles solutions existent ?

Des outils d’impacts environnementaux des projets humanitaires (comme le NEAT+) existent et permettent notamment d’inclure les risques climatiques et environnementaux dans la conception et la gestion des projets dans le but de les adapter aux conditions futures.

« L’objectif des humanitaires va être également de renforcer les capacités des acteurs au niveau local en encourageant la participation active des communautés afin qu’elles puissent concevoir elles-mêmes des solutions d’adaptation au dérèglement climatique et renforcer leur résilience », insiste le Directeur du développement et de l’innovation.

© Première Urgence Internationale | La prise en compte du changement climatique font partie intégrante de la stratégie 2021 de l'ONG.

© Première Urgence Internationale | La prise en compte du changement climatique font partie intégrante de la stratégie 2021 de l’ONG.

Depuis 2020, les équipes de Première Urgence Internationale ont créé une Task Force Environnement au sein de l’organisation. À travers des réunions, formations, actions et échanges d’idées, les équipes travaillent à la réduction de leur impact environnemental que ce soit au siège de l’ONG ou sur le terrain.

L’environnement et la prise en compte du dérèglement climatique font ainsi partie intégrante de la stratégie 2021 de l’ONG.

Pour plus d’informations sur les actions de Première Urgence Internationale en faveur de l’environnement, gardez l’œil ouvert sur les actualités et sur nos réseaux ou abonnez-vous à notre newsletter.

 

HAUSSE DES TEMPÉRATURES

C’est un sujet récurrent depuis plusieurs années maintenant : la température moyenne de la planète augmente. Cela est dû aux activités humaines, de plus en plus de gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère ce qui renforce leur pouvoir de réchauffement.

Cette hausse des températures entraîne une modification des schémas de précipitations augmentant le risque de sécheresses et d’inondations. Mais aussi un renforcement de la fréquence, durée et intensité des phénomènes météorologiques extrêmes : par exemple, un risque accru d’ouragans de catégorie 4 et 5 comme on a pu le voir en Amérique Centrale en 2020.

Autre modification : la fonte des glaciers et de la calotte glacière entraînant la montée des niveaux de la mer qui vont causer des inondations, l’érosion des zones côtières et la disparation des îles notamment dans le sud Pacifique. Le dégel du permafrost pose des risques additionnels et préoccupants, avec un impact direct sur les populations, notamment en Sibérie et au Canada.

« Les océans absorbent la majorité des gaz à effet de serre qui sont rejetés dans l’atmosphère, ce qui provoque leur acidification et va entraîner la destruction des écosystèmes marins et donc des populations qui en dépendent », complète Jean Javogues, Directeur du développement et de l’innovation.

Cette liste des modifications liées au dérèglement climatique n’est pas exhaustive.

« Toutes ces conséquences biophysiques auront un impact significatif sur les populations humaines avec des répercussions sociales, politiques et économiques qui vont être plus ou moins importantes et dramatiques en fonction des régions et en fonction du niveau de vulnérabilité des communautés », conclut-il.


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