La gestion du camp le plus grand du monde


Depuis 2017, près de 700 000 Rohingya ont fui les violences et les persécutions au Myanmar pour venir se réfugier au Bangladesh et plus particulièrement dans la région de Cox’s Bazaar où un “méga camp” s’est formé à Kutopalong. Après un long voyage en pleine nature, des milliers de familles parviennent sur ce camp, épuisées, malades et en besoin absolu de protection et d’aide humanitaire.

Photo perspective du camp Rohingya de Ukhia

Le camp le plus grand du monde

Cela fait maintenant 6 mois que 700 000 réfugiés Rohingya sont arrivés dans la région d’Ukhia au Bangladesh. En quelques mois seulement, le camp de Kutupalong est devenu le plus grand camp de réfugiés au monde, devançant de loin les presque 250 000 résidents de celui de Dadaab au Kenya, qui était jusque-là le premier en taille.

Les conditions de vie y sont intenables. Les Rohingya vivent entassés dans ce « méga-camp », dans des maisons de fortune, construites avec les moyens du bord, c’est-à-dire des bâches et du bambou. L’urgence : la gestion du camp, qui est à proprement parler devenu une ville. « Il faut bien se rendre compte : gérer ce camp reviendrait à gérer une ville de la même taille que Lyon mais avec très peu de moyen, juste de la main d’œuvre et surtout en quelques semaines », explique Erwan Le Grand, directeur de développement et soutien aux interventions chez Première Urgence Internationale.

Les Rohingya ne baissent pas les bras

En effet, le camp ne manque pas de main d’œuvre. En dépit des horreurs vécues, les Rohingya ne baissent pas les bras et font preuve de capacités de résilience et d’adaptation impressionnantes. La solidarité s’organise. Tous les jours, des milliers d’hommes et femmes œuvrent ensemble pour essayer d’apporter une réponse aux difficultés et d’organiser l’inorganisable.

Des Rohingya oeuvrent ensemble pour la reconstruction de leur camp

La structuration de ce camp est également très compliquée pour les acteurs humanitaires sur place. Le découpage géographique du camp ne cesse d’évoluer. Les enjeux de coordination sont multiples, conditionnant le succès de la gestion de cette crise.

Afin de garantir un dialogue efficace entre les différents acteurs, Première Urgence Internationale assure le rôle de support dans deux zones du camp. Dans ce cadre, les équipes veillent à mettre en œuvre le développement du site, l’adaptation et l’efficacité des services ainsi que la coordination entre les acteurs présents sur le lieu, dans une approche basée sur la protection et la prise en charge des besoins spécifiques des plus vulnérables.

Une crise au-delà du présent

Une fois arrivées au camp, les familles Rohingya sont accueillies par les équipes humanitaires. Ils leur donnent des kits de construction, des biens alimentaires mais aussi non alimentaires comme par exemple des couvertures, des casseroles et les accompagnent jusqu’à leur zone d’assignation où elles peuvent enfin trouver un peu de paix.

Pour ceux qui arrivent, après des violences atroces et un long exode, l’arrivée sur ce territoire est vécue comme une issue de secours. Le présent est alors la seule chose qui compte pour eux. Leur priorité : s’installer et se nourrir tous les jours.

Mais pour les associations qui travaillent sur le camp, le temps est compté. Elles courent sans cesse en quête d’une solution plus viable et durable.

Petit enfant au milieu d'un camp Rohingya au Bangladesh

Les inondations menacent plus de 100 000 personnes

Le camp s’est construit dans l’urgence, mais sans logique de pérennité. « Il n’y a pas d’options satisfaisantes dans un camp comme cela. C’est impossible de faire quelque chose de bien. La seule chose à faire est de proposer d’autres solutions, d’ouvrir des camps dans d’autres zones. Cela permettrait d’avoir des terrains moins denses en population », conçoit Erwan.

En avril, c’est la saison des moussons au Bangladesh. Selon un rapport de l’ONU du 29 janvier dernier, les glissements de terrain et les inondations menacent près de 107 000 personnes dans le camp (1).

La seule solution serait de fermer le camp actuel et de proposer aux populations de s’installer sur des zones plus étendues, dans de plus petits camps. « On parle ici de 700 000 personnes à reloger en l’espace d’un mois au Bangladesh qui est un des pays les plus densément peuplé au mètre carré ».

Le gouvernement bangladeshi a alloué 2 000 acres (809 hectares) de terre pour un nouveau camp à Ukhia, mais ce n’est malheureusement pas encore suffisant.

(1) Pour en savoir plus (article en anglais) : https://www.reuters.com/article/us-myanmar-rohingya-camps/u-n-says-100000-rohingya-in-grave-danger-from-monsoon-rains-idUSKBN1FI0W7

Photos © Erwan Le Grand

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