En France, les bidonvilles ça existe


Fin août, Jason Arthaud, stagiaire à Première Urgence Internationale, a passé une journée avec la mission France dans un bidonville en France, celui de Pierrefitte – Stains en Ile-de-France. Il témoigne de la situation dans ce lieu où vivent une dizaine de familles.

Bidonville en France

Témoignage sur les lieux d’un bidonville en France

« Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en participant à cette journée de soutien à la mission France. J’avais déjà croisé des Roms, sans vraiment partir à leur rencontre. J’avais déjà vu des camps de caravanes à la télé, mais ce bidonville en France a la particularité d’être situé à seulement 500 mètres de la mairie de Pierrefitte, dans un logement abandonné à moitié en ruines. C’est un bâtiment qui ne paie pas de mine. En effet, en l’observant du dehors, on se dirait qu’il n’y a personne à l’intérieur. Pourtant, une dizaine de familles y vivent, cela représente une quarantaine de personnes : hommes, femmes et enfants.

Véronique, médiatrice sanitaire

Véronique est médiatrice sanitaire, elle visite chaque site une fois par semaine. Son rôle dans un bidonville en France est de :

  • sensibiliser les familles à l’hygiène et à la santé
  • les orienter vers des structures partenaires ou publiques, à même de les prendre en charge pour l’accès aux soins.

Elle parle roumain, ce qui lui permet donc d’instaurer un échange et une certaine confiance avec ce public.

La porte en bois s’est ouverte sur une cour délabrée où trônent deux cuves d’eau empilées l’une sur l’autre et une cabine de toilettes. Les murs sont en piteux état. Les fenêtres vétustes ont des carreaux cassés. La cour est faite de pavés recouverts de ciment. La moisissure s’attaque aux moindres fissures. Une poule se promène entre les chaises et mange un morceau de polystyrène.

La France des années 50

J’ai l’impression d’être dans la France des années 1950 – celle de l’Abbé Pierre. Les bidonvilles de tôle en périphérie du centre, les exilés des campagnes qui n’ont ni eau courante, ni électricité, qui vivent avec les rats, et les épidémies. Ce n’est pas normal de voir un bidonville en France aujourd’hui.

Les familles doivent quitter les lieux

La visite de ce matin a finalement pris une tournure juridique. Une fois assis, on nous a apporté le courrier cacheté de l’huissier, intitulé « Commandement de quitter les lieux ». Il a été remis à Florentina il y a quinze jours, or ils auraient dû être expulsés hier, mardi, comme écrit sur le papier. Pas une minute à perdre. Véronique essaie d’appeler Romeurope, sans succès. Puis elle fait marcher ses contacts encore sans succès. Finalement, c’est une partenaire du Val d’Oise qui va la mettre en contact avec une avocate. Celle-ci est prête à accepter l’aide juridictionnelle pour défendre ces familles contre l’expulsion.

Les familles doivent quitter les lieux, mais elles peuvent demander un délai supplémentaire. Un homme travaille avec un contrat en bonne et due forme, un autre vient de terminer un contrat de service civique, deux femmes sont enceintes au huitième mois, un enfant va à l’école du quartier…Donc tout est bon pour rester. D’autant plus qu’aucune solution de relogement n’est proposée à ces familles qui n’ont qu’à partir.

Lutter contre les stéréotypes et la stigmatisation

Je crois que l’action de Première Urgence Internationale est utile car il s’agit d’aider des personnes vulnérables à accéder à des services auxquels elles ont droit. Véronique fait preuve de professionnalisme et fait le maximum pour aider ces familles. L’impact est immédiat pour les bénéficiaires, mais quid du long terme ?

Même si je suis étudiant en Master humanitaire, je n’avais pas une connaissance précise du contexte et des réalités de terrain rencontrées dans un bidonville en France, auprès de ces populations. Je trouve cela très dommage, et au fond cela explique en partie les stéréotypes et la stigmatisation dont sont victimes les personnes issues de ces groupes… Leur situation mérite de rapporter davantage le quotidien de ces personnes victimes du système, en faisant connaître leur sort à une plus grande partie de la population ».

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