Au Burkina Faso, l’aide humanitaire à proximité de groupes armés


Pour Première Urgence Internationale, Julien Barbier, chef de mission exploratoire, s’est rendu au Burkina Faso, dans les régions de l’Est et du Sahel. L’objectif de cette mission exploratoire : préparer l’intervention de l’association sur ces zones, et évaluer les besoins prioritaires.

l’aide humanitaire à proximité de groupes armés

Quelle est la situation aujourd’hui au Burkina Faso ?

Le Burkina Faso est l’un des rares pays où j’ai été envoyé qui ne soit pas dans un contexte d’urgence, bien qu’il  subisse les conséquences de la crise dans les pays voisins. Ouagadougou, capitale et ville centrale du Burkina Faso, est une ville touristique, de passage, qui attire également beaucoup de travailleurs étrangers. À Ouagadougou, il existe un mélange culturel, ethnique, très enrichissant pour la ville.  Cela explique la mentalité des Burkinabés, très accueillants et ouverts.

Malgré la pauvreté qui sévit dans le pays. Celui-ci est classé au 185e rang sur 188 nations au dernier classement de l’Indice de développement humain 2016 du PNUD(1). Les Burkinabés ont pu traverser des décennies sans conflit, ni problématiques ethniques. Malheureusement, la capacité de vivre ensemble a tendance à se détériorer aujourd’hui, au sein de ce pays entouré par des crises régionales.

Dès que l’on traverse la frontière du Sahel pour aller vers le nord du pays, la situation est toute autre. Certaines zones, à la frontière malienne, ont vu leur condition sécuritaire se dégrader subitement. Alors qu’avant, beaucoup de locaux et de touristes traversaient régulièrement la frontière en voiture ou même à moto.

Quels seront les principaux défis pour intervenir dans la région ?

C’est la première mission que Première Urgence Internationale lance dans le pays. Il faut donc que l’association acquière la confiance des populations et des acteurs locaux.

Aujourd’hui, on se rend compte que le mandat humanitaire ne protège plus. Les acteurs humanitaires sont même souvent ciblés par les attaques de groupes armés : enlèvements, attaques, etc. Dans un premier temps, notre objectif sera donc de comprendre le contexte sécuritaire de la zone sur laquelle nous allons travailler. Appréhender les groupes armés présents, leurs affiliations et leurs zones de contrôle, les problématiques ethniques, les problématiques logistiques et de communication.

Les zones ciblées par Première Urgence Internationale ne sont pas victimes des mouvements massifs de populations. D’autres ONGs interviennent actuellement dans ces zones touchées par les déplacements, auprès des réfugiés Maliens ou des déplacés internes. Notre vocation est plutôt de couvrir les zones de l’est et du Yagha, où les acteurs de l’humanitaire sont peu présents. Dans ces zones tous les indicateurs de détérioration des conditions de vie, du fait de la présence de groupes armés, ne cessent d’augmenter.

Dans ces deux zones, il existe pour le moment très peu de données chiffrées et très peu d’acteurs. Contrairement à la zone du Sahel qui a très vite été priorisée par d’autres acteurs humanitaires.

Quels besoins prioritaires  ont été identifiés sur place ?

Les principaux besoins identifiés sont des besoins de formation du personnel dans les structures de santé. Il faudra donc renforcer les capacités de ces populations, les préparer psychologiquement et professionnellement à des afflux potentiels de personnes. Par ailleurs, du fait d’un manque de personnel qualifié, certains centres menacent de fermer. Les patients se tourneront alors vers d’autres centres de santé de référence, dont les capacités d’accueil devront augmenter. Nous devrons préparer les centres à cette situation.

Nous avons également pu identifier d’importants problèmes d’approvisionnement en médicaments, et des ruptures de stocks régulières. Il faudra donc que nous nous coordonnions avec les mécanismes gouvernementaux déjà en place. Les centres de santé ruraux sont très vétustes, avec du matériel obsolète. Certains auront probablement besoin d’être réhabilités en partie.

Un autre besoin important est lié à l’insécurité et aux difficultés de déplacements de populations vers les centres de santé. Dans plusieurs zones, les habitants ont peur de parcourir le chemin qui sépare leur maison du centre de santé. Et les équipes médicales n’ont pas la possibilité aujourd’hui de se déplacer jusqu’aux villages alentours. Il faut donc réfléchir à la possibilité de mettre en place des solutions de cliniques mobiles, pour rendre les soins plus accessibles.

Mission Explo Burkina Faso

Une approche 3 frontières

Cette intervention au Burkina Faso est liée à la volonté de notre organisation de ne plus seulement apporter une réponse par pays, mais de prendre en compte la crise régionale dans sa globalité. Cela permettra aux populations confrontées aux mêmes problématiques de part et d’autre de la frontière de bénéficier du même soutien. Pour le déploiement de ses actions au Burkina Faso, Première Urgence Internationale pourra capitaliser sur sa compréhension du contexte de crise régionale au Niger et au Mali. Notre action permettra aussi un meilleur accompagnement des populations déplacées, en leur offrant un « package de soins » cohérent entre les différents pays.

(1) PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement

Comment sont utilisés vos dons ?

StatsChaque année, Première Urgence Internationale affecte l’essentiel de ses ressources aux programmes qu’elle déploie sur ses différents terrains d’intervention et seulement 0,5% à la recherche de fonds. Vos dons sont essentiels.

Reprendre en main son destin !

Vos dons sont les garants de notre liberté d’action. Ils nous permettent de venir en aide aux populations affectées par des crises oubliées qui ne retiennent l’attention ni des médias, ni des bailleurs de fonds institutionnels. Les sommes collectées constituent ainsi les fonds propres de l’association, lui donnant une autonomie d’action et une réactivité accrue.
Faire un don