Un soutien psychosocial essentiel pendant la pandémie de COVID-19


L’expertise de Première Urgence Internationale dans le domaine de la santé mentale et du soutien psychosocial est en constant développement sur l’ensemble des missions. La mission France est un bon exemple de cette inclusion et de l’approche intégrée.

COVID-19 dispositif de soutien psychosocial par Première Urgence Internationale

6 mai 2020, L’Haÿ-les-Roses, Paris, France. Les médiatrices en santé de Première Urgence Internationale sensibilisent les populations roumanophones d’un bidonville à Haÿ-les-Roses à propos des gestes barrières et de comment être en sécurité pendant la pandémie de COVID-19. © George Nickels / Première Urgence Internationale

Mélissa Robichon, référente Santé Mentale et Soutien Psychosocial chez Première Urgence Internationale et Léa Dumas, Chargée de Soutien Psychosocial à la Mission France nous parlent de cette mission et de l’importance du secteur de la santé mentale sur une mission, en particulier pendant la pandémie du COVID-19.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre rôle chez Première Urgence Internationale et en spécifique sur la mission France ?

Mélissa : Mon rôle au siège de Première Urgence Internationale est d’offrir un support technique, réfléchir sur l’orientation des activités, comment les ajuster et proposer une stratégie future en intégrant la santé mentale aux autres secteurs. En ce moment, j’apporte un support plus particulier aux activités en lien avec le COVID-19 : comprendre les besoins et proposer des améliorations aux projets en cours.
Léa : Normalement, je m’occupe du support psychosocial et du suivi des personnes au centre d’accueil à Ivry-sur-Seine et de l’animation d’une partie des ateliers sociolinguistiques sur différents thèmes. Nous avons, par exemple, des ateliers bien-être, où l’on propose des temps d’échange à l’extérieur et où un autre volet en construction consistera en un groupe de parole pour les femmes vivant en squat et bidonville.
En ce moment, ces activités sont en arrêt en raison de la situation sanitaire du COVID-19 : on a dû réorienter nos activités vers les besoins présents.

Comment l’aspect psychologique a été intégré sur la mission France ?

Mélissa : L’objectif, dans le contexte du COVID-19, est de maintenir un support psychologique sur toutes les missions. Nous ne devons pas arrêter les activités mais les ajuster pour continuer à répondre aux besoins des enfants, des adultes et des adolescents. Nous devons aider les personnes dont les besoins sont spécifiques, tout en respectant les consignes sanitaires.
C’est pour cela que l’équipe mobile de la mission France a commencé à offrir aussi un support psychosocial aux personnes montrant des réactions anxieuses ou dépressives en lien avec la situation, ainsi qu’un soutien aux enfants dans la compréhension du COVID-19.
Léa : Comme dit Melissa, maintenir le lien social est un aspect fondamental de notre travail. Pendant la pandémie du COVID-19 nous l’avons fait à travers :

  • Des groupes WhatsApp (application de messagerie gratuite) par groupe d’apprentissage pour transmettre l’information et lutter contre les « fake news ». Mais aussi transmettre des informations claires et utiles, ainsi que des messages positifs.
  • Le suivi par appels téléphoniques une fois par semaine pour collecter les informations sur la situation de chacun. C’est comme cela que l’on arrive à avoir connaissance des situations compliquées, et à apporter notre aide (s’il y a quelqu’un isolé dans un hôtel social, par exemple).
  • Des idées d’activités pour lutter contre l’ennui et les difficultés psychiques, en proposant des vidéos, des recettes de cuisines, des méthodes de relaxation, des exercices sportifs… Un peu l’idée de groupe bien être mais à distance.

Quels sont les besoins que vous avez rencontrés dans les populations ?

Mélissa : Cette période a été difficile pour tous et les difficultés varient d’une personne à l’autre. C’est pour cela que l’échange est très important. Tout dépend des ressources de chacun avant le confinement. Donc prendre le temps d’échanger avec les personnes est important pour établir les besoins.
Il y a des moments plus compliqués à surmonter et des moments où l’on est plus résilient. Il y a une prise de conscience de nos vulnérabilités individuelles et aussi d’une vulnérabilité plus générale. Dans ce contexte de pandémie, certaines personnes peuvent voir leur représentation du monde changer, ce qui est très perturbant. Quelques fois des discussions profondes sont nécessaires.
En générale, le contexte du COVID-19 a exacerbé la rupture avec les liens sociaux et l’inactivité physique, facteurs majeurs de dépression.

Quelle est la réaction des enfants face au contexte de la pandémie ?

COVID-19 dispositif de soutien psychosocial par Première Urgence Internationale
Léa : Il y a plusieurs cas de figures, pour certains foyers, l’accès à l’information est très important, il est donc difficile de faire le tri, d’en parler avec les parents, qui eux même sont déjà inquiets. Pour d’autres, il n’y a pas d’accès à l’information, avec parfois beaucoup de « fake-news ». Les seules informations détenues sont au sujet des fermetures des écoles et qu’il faut se confiner par exemple. Certains n’ont pas accès à l’électricité, ce qui complique l’accès aux informations et exacerbe les inquiétudes.
Nous avons donc proposé des activités sur les squats et bidonvilles, pendant l’intervention des cliniques mobiles, pour les enfants d’âge scolaire entre 4 et 14 ans, assez francophones pour pouvoir échanger.
Nous avons utilisé aussi le « Covibook », un petit livre, créé par Manuela Molina, pour expliquer d’une manière plus ludique et moins angoissante que celle des adultes ou de la télévision, la situation causée par le COVID-19.
Nous proposons une sensibilisation aux gestes barrières, encourageons l’expression des émotions grâce aux dessins : c’est un vrai espace de liberté. Ce moment permet aux enfants de partager leurs émotions, leurs inquiétudes, certains questionnements… Cette façon de communiquer avec les enfants a très bien fonctionné.
COVID-19 dispositif de soutien psychosocial par Première Urgence Internationale

Comment vous avez pu supporter la santé mentale au sein de l’équipe ?

Melissa : La période du COVID-19 a généré une grande prise de conscience sur la détresse psychologique, ses impacts et la nécessité d’offrir du support pour les salariés. Pour la première fois, tout le monde est concerné. On fait l’expérience de l’importance de la santé mentale, et on comprend que cette partie psychologique ne doit pas être négligée.

La mission France donne un bon exemple de prise en compte des besoins du personnel et de l’approche intégrée : j’essaie de travailler sur chaque mission de cette manière.

Léa : Le soutien au sein des équipes était très important au début, avec une phase de formation et de discussions des possibles difficultés sur les missions. Ensuite nous avons établi un briefing et un débriefing avec les équipes. C’était l’occasion pour chaque personne d’expliquer son ressenti et son vécu. C’est un temps d’échange essentiel, encore plus important aujourd’hui.

Les équipes ont été très sollicitées pendant leur intervention, avec des situations de précarité extrême, dues au COVID-19, mais pas seulement. Donc il était très important d’échanger avec les équipes pour ensuite se réadapter sur le terrain : Comment se présenter aux personnes ? Comment communiquer entre l’infirmière et la psychologue sur les cliniques mobiles, etc.

C’est un travail d’équipe, donc la communication est essentielle au bon déroulement de la mission. Pour agir efficacement au niveau de la sensibilisation, la communication doit être bonne.

Toutes ces activités sont mises en œuvre par Première Urgence Internationale grâce au soutien de l’Agence régionale de santé, la Fondation Sanofi Espoir, la Fondation Abbé Pierre, l’association La Chaîne de l’Espoir et la Fondation RAJA – Danièle Marcovici.

Découvrez aussi La Chronique N131 dédiée à la santé mentale et la protection chez Première Urgence Internationale :

https://www.premiere-urgence.org/la-chronique-n131-juin-2019/

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