Soutien aux centres de santé en Ukraine durant la pandémie du COVID-19


Bárbara Scoralick Villela a travaillé comme coordinatrice santé sur la mission Ukraine pour Première Urgence Internationale pendant le COVID-19. Elle nous raconte son expérience sur le terrain.

Pouvez-vous nous expliquer votre rôle chez Première Urgence Internationale, et particulièrement au sujet de la mission Ukraine ?

J’occupe le poste de coordinatrice santé de la mission en Ukraine, depuis mars 2019 à aujourd’hui. Mon travail consiste à s’occuper des aspects techniques d’une mission et de la mise en œuvre des projets.

Nous avons par exemple, un projet dans lequel nous fournissons des coupons électriques pour des médicaments gratuits distribués aux enfants de moins de cinq ans, aux femmes enceintes et allaitantes. Également, des chirurgies d’urgence pour les patients traumatisés avec des kits de chirurgie majeure et mineure. Dans ce contexte, je devais travailler avec l’équipe pour décider quels médicaments mettre dans les kits. Ensuite, faire le suivi et contrôle qualité. Nous avons une base de données pour vérifier combien de médicaments et d’antibiotiques ont été prescrits, s’ils sont utilisés correctement et quelles lacunes nous pouvons corriger en organisant des sessions de formation auprès du personnel médical.

Quel est le contexte actuel du COVID-19 en Ukraine ?

Lorsque le COVID-19 est arrivé en Ukraine (le premier cas a été enregistré le 29 février 2020), nous avons adapté nos activités pour chaque mission de Première Urgence Internationale.

Avec l’équipe terrain, nous devions choisir quels types d’activités pouvaient continuer, par exemple en cas de distribution, comment gérer la distanciation sociale, comment changer nos comportements, comment mettre en place des mesures de précaution. C’est vraiment sur le concept « Do No Harm » (Ne pas nuire), que nous avons essayé de poursuivre notre travail : nous devons toujours avoir un impact positif et ne pas créer de problèmes supplémentaires, en ajustant nos activités.

Pour exemple de mesures prises, nous avons diminué le nombre de visites sur le terrain : nous avons changé la fréquence des visites sur le terrain, où et comment elles étaient autorisées dans les hôpitaux. Chaque sortie sur le terrain devait ensuite être justifiée et approuvée, plus qu’auparavant.

Pour nous, l’un des plus grands changements en raison de la situation du COVID-19 en Ukraine, a été la fermeture des points de contrôle à l’entrée (EECP) dans l’Est de l’Ukraine. Il y a 5 points de passage autorisés entre l’Ukraine et le Républiques Populaires Autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, Première Urgence Internationale mène des interventions de premiers secours d’urgence depuis 4 ans dans 4 d’entre eux. En effet, nous intervenons normalement pour apporter les premiers soins aux personnes qui souhaitent franchir la ligne de contact. Lorsque la pandémie a été déclarée, les points de passage ont fermé, mais nous savions qu’une fois ouverts, des milliers de personnes y seraient. Ainsi, durant la fermeture, nous avons commandé des équipements de protection appropriés pour l’équipe, et nous avons formé l’équipe sur le terrain pour la prochaine réouverture : en l’occurrence comment gérer les arrivées, quels patients traités ou référés, etc…

Nous nous inquiétons particulièrement pour les personnes âgées qui franchissent la ligne de contact avec une situation de vulnérabilité et des problèmes de santé supplémentaires, tels que les maladies cardiovasculaires. Toute personne peut être exposée, donc nous essayons de travailler sur leur sécurité. La préparation est fondamentale en ce moment.

Actuellement, un seul côté des points de passage a été ouvert, mais lorsqu’ils sont entièrement ouverts, les autorités n’approuvent que certains groupes de personnes pour les traverser : les étudiants qui doivent passer leur examen final, par exemple. Cela soulève des préoccupations supplémentaires, car les personnes âgées ont souvent besoin de traverser pour percevoir leurs prestations sociales.

Première Urgence Internationale a lancé le projet « soutien au système de santé de recherche de contact COVID-19 en réponse à Donetsk Oblast ». Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Sur la base de notre expérience de mise en œuvre de programmes de santé dans l’oblast de Donetsk, en collaboration directe avec les établissements de soins de santé primaires le long de la ligne de contact ; Première Urgence Internationale a proposé une intervention centrée sur les districts touchés par le COVID-19 de l’oblast de Donetsk, dans le but global de contenir la propagation de la pandémie du COVID-19. Première Urgence Internationale a proposé de soutenir les districts touchés par le renforcement des capacités des professionnels de santé et la fourniture de kits, l’incitation au carburant et la connexion mobile pour les établissements de santé.

Nous avons discuté avec le gouvernement de l’utilisation du traçage des cas, mais la protection des données ici est appliquée avec rigueur et les autorités ont hésité à accepter cette intervention. Le gouvernement a tout de même pensé que notre projet était très utile et nous avons commencé à développer l’aspect sur le renforcement des capacités et la distribution des kits du projet qui est assez pertinent.

J’ai été très surprise, également, de la réaction des établissements de santé lorsque nous les avons contacté pour proposer notre soutien à la formation, ce qui n’a pas toujours été le cas. Ils ont été très réceptifs et ils nous ont demandé d’être formées sur la manière d’utiliser correctement les masques et la gestion de stress du personnel. Cela montre qu’il existe un réel besoin de ce que nous proposons et l’utilité de notre travail.

A la fin de votre mission : que retenez-vous de cette expérience en Ukraine ?

Je crois fermement à l’utilisation de l’approche intégrée en Ukraine, j’ai vraiment pu découvrir ce que cela signifiait, c’était extrêmement intéressant de voir comment différents secteurs peuvent travailler ensembles. Par exemple, nous avons remarqué que même dans notre département technique, cela permettait une ouverture d’esprit pour aller au-delà des aspects techniques.

Concernant le contexte, j’emporte également avec moi l’expérience unique de travailler dans une situation où les personnes âgées sont l’un des principaux groupes concernées. Lorsque vous étudiez, l’accent est souvent mis sur les femmes et les enfants mais dans ce cas, cette crise touche les personnes âgées de manière significative et il était très intéressant de travailler là-dessus.

L’Ukraine a annoncé le 16 mars 2020 la fermeture des cinq points de passage d’entrée et de sortie sur la ligne de contact. Durant cette période, seuls les personnes officiellement domiciliés sur le territoire contrôlé par l’armée ukrainienne ont été autorisés à la traverser. Dans le cas d’une visite d’un proche présent sur le territoire des républiques autoproclamées au moment de l’annonce de la fermeture des points de passage, ils n’avaient d’autre choix que d’y rester ensuite, sans argent, sans vêtements, sans ressources.

La quarantaine, dont le premier et principal objectif et d’apprivoiser la propagation du virus COVID-19, et la fermeture de tous les points de passage sortie-entrée (EECP) le long de la ligne de contact, ont conduit à un problème – des milliers de personnes sont maintenant coupés des services médicaux, administratifs, sociaux et autres essentiels, incluant les pensions et les paiements sociaux.

Concernant la situation sanitaire, on dénombre aujourd’hui 121 215 cas confirmés en laboratoire, avec 2 141 nouveaux cas par jour et 2 557 décès dû au COVID-19. Soit un total de 1 550 280 tests (information au 31 août).

*Source : Cabinet des ministres de l’Ukraine

L’impact humain de l’épidémie est difficile à évaluer à l’heure actuelle, d’autant plus que les affrontements n’ont jamais cessé malgré l’appel du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à un cessez-le-feu pendant l’épidémie du COVID-19. Le bureau de l’ONU  pour la coordination des affaires humanitaires estime que 3.4 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire dans la région, à l’est de l’Ukraine.

Toutes ces activités sont mises en œuvre par Première Urgence Internationale grâce au soutien des Nations unies à travers OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires).

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