Moyen-Orient, la santé en crise


Des crises persistantes, des personnes forcées de fuir, des épidémies chroniques et des maladies endémiques, la santé de millions de personnes est menacée dans une bonne partie du Moyen-Orient. Sandrine Chapeleau, référente santé pour la région Moyen-Orient et Europe à Première Urgence Internationale, se rend sur le terrain régulièrement et témoigne d’une situation critique liée notamment à la crise des réfugiés et des personnes déplacées.

La crise des réfugiés et des déplacés et la santé au Moyen-Orient

Quelle est la situation des personnes dans les pays dans lesquels tu interviens au Moyen-Orient ?

Au Moyen-Orient, je suis référente santé pour la Jordanie, la Syrie, le Liban, lIrak, la Jordanie et le Yémen. La situation varie selon les pays. Cependant, l’enjeu principal lié à la santé pour tous ces pays, excepté le Yémen, est la crise des réfugiés et des déplacés syriens et irakiens. Les structures de santé existent et il y a des médicaments. Mais les populations ne peuvent pas ou ne peuvent y accéder que partiellement pour différentes raisons : les conditions sécuritaires difficiles, les systèmes de santé affaiblis, leur situation de réfugiés ou de déplacés parfois sans documents légaux.

Les coûts des soins dans les pays d’accueil sont de véritables obstacles à l’accès à la santé pour les populations les plus vulnérables. Au Yémen, la situation est légèrement différente. Un conflit qui dévaste le pays depuis plus de deux ans, l’effondrement des infrastructures de santé, un taux de malnutrition aiguë très élevé et une épidémie de choléra majeure provoquent une situation humanitaire catastrophique dans ce pays.

De quoi souffrent les personnes réfugiées et déplacées que tu rencontres sur le terrain ?

La crise des réfugiés et déplacés engendre d’importantes difficultés d’accès aux soins de base, avec notamment la diminution voire la perte de revenus pour les personnes, due au déplacement. Résultat : elles sont parfois contraintes d’interrompre leurs traitements, prescrits pour des maladies chroniques telles que le diabète ou l’hypertension. Ils demandent des soins longs et souvent coûteux.

J’ai eu l’occasion de rencontrer un réfugié syrien en Irak. Il était atteint d’une maladie cardiaque dégénérative et il avait accès à un traitement de qualité dans son pays. Malheureusement, une fois arrivé en Irak, il n’a pas réussi à trouver ou à se faire prescrire le même traitement. Son état de santé pourrait se dégrader rapidement s’il ne reçoit pas un traitement tous les jours. Avec les difficultés qu’il rencontre au quotidien, sa maladie est passée au second plan. Dans cette situation, ce sont les besoins vitaux immédiats qui priment comme l’accès à la nourriture, à l’eau, au logement.

La crise des réfugiés et des déplacés

Quels sont les effets du conflit sur les personnes ?

Sur le terrain, je constate également la grande détresse des populations réfugiées ou déplacées qui se traduit par des traumatismes psychologiques. Ils résultent des conflits qu’ils ont fuis, des multiples violations et atteintes à leurs droits qu’ils ont subis ou qu’ils subissent encore parfois. Les effets des conflits sur la santé mentale et le bien-être psychologique sont profonds. C’est extrêmement difficile à vivre pour les personnes réfugiées et déplacées. D’autant plus que la crise des réfugiés et des déplacés dure.

Dans le cadre de nos projets de santé, nous prenons donc en compte la dimension psychologique. Nous mettons en place des activités de soutien psychosocial réalisées par des psychologues et animateurs sociaux. La mise en œuvre de ce type de projets nécessite de développer des activités spécifiques de prévention, de détection, de prise en charge, de suivi et de référencement adaptées à ces populations.

Première Urgence Internationale intervient donc à tous ces niveaux ?

Tout dépend du contexte et du pays. Nous répondons en priorité aux besoins de santé primaire des populations. Avec l’arrivée de l’hiver par exemple, les maladies saisonnières telles que les infections respiratoires aiguës vont resurgir dans les camps de déplacés et de réfugiés dans lesquels nous intervenons. Ces camps sont parfois insalubres et sans accès à un réseau d’eau et d’hygiène de qualité.

Les personnes réfugiées hors des camps vivent dans des conditions également très difficiles, Au Liban, au cours de ma dernière visite, j’ai rencontré un groupe de familles syriennes  vivant dans des abris de fortune, installés sur le terrain d’agriculteurs. L’accès à l’eau était objectivement insatisfaisant et les adultes comme les enfants se faisaient exploiter par les agriculteurs. Ces familles ne souhaitaient qu’une chose : repartir en Syrie. Elles « logeaient » sur ce terrain depuis déjà 4 ans.

Et toi, en tant que référente santé, quel est ton rôle ?

Je travaille au sein du service technique et capitalisation (STC) situé au siège de Première Urgence Internationale. Ce service est constitué de plusieurs experts en santé et d’un pharmacien. Nous sommes chacun affectés à une zone géographique, ce qui est justifié. En effet, les crises ne sont pas les mêmes. En Afrique, par exemple, les soins relèvent principalement des besoins primaires.

Pour le Moyen-Orient, j’apporte donc mon expertise médicale aux équipes sur le terrain. J’assure un soutien stratégique et technique pendant les différentes phases du cycle d’un projet, sur toutes les questions médicales et santé publique, protocoles thérapeutiques, suivi épidémiologique, curriculum de formation. En collaboration avec le pharmacien du STC, je valide la pertinence technique des commandes pharmaceutiques et de matériel médical émises par les missions.

Quel est ton objectif sur le terrain ?

Le but est d’améliorer la qualité des soins apportés aux  populations soutenues dans nos projets ainsi que le respect de la déontologie médicale. Nous veillons aussi à la bonne application des principes humanitaires de Première Urgence Internationale dans les missions.

J’aide également à la mise en œuvre des projets, si besoin. Par exemple, pour le camp de Gawilan en Irak, j’ai aidé au montage du centre de santé dans le camp. Mes tâches sont variées d’autant plus que le contexte de cette région est très volatile. Tout peut changer très vite. Il peut arriver du jour au lendemain dans un pays que l’acheminement des médicaments devienne un véritable casse-tête, alors que durant des années, nous n’avions aucun problème. Ces pays ne sont pas à l’abri de combats, d’épidémies qui apparaissent subitement.

Malheureusement, je constate au quotidien que nous sommes loin d’être sortis de ces crises. Après plus de 5 ans de crise des réfugiés et des déplacés en Syrie, 2 ans de conflit au Yémen, le chaos quasi incessant en Irak, les travailleurs humanitaires que nous sommes, restent mobilisés. Nous le restons malgré les difficultés quotidiennes et parfois ce sentiment d’impuissance face à des crises humanitaires qui ne cessent de s’aggraver. Mais nous devons continuer…

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