Interview : Lily Hyde, journaliste en Ukraine.


« 25% de la population sous le seuil de pauvreté » 

Crédit :Katya Moskalyuk / Première Urgence Internationale

Écrivaine et journaliste britannique, Lily Hyde vit en Ukraine. Elle a notamment écrit pour The Guardian, The Times, POLITICO, The New Humanitarian et Coda Story. Elle est l’autrice de plusieurs livres, dont Dream Land, sur la déportation et le retour des Tatars de Crimée. Elle a également travaillé en tant que consultante en communication dans le domaine de la santé publique et du développement.

Comment percevez-vous le travail des ONG ukrainiennes depuis le 24 février ?
Comment se sont-elles adaptées au contexte de guerre ?

Je trouve qu’elles ont réagi extrêmement rapidement et qu’elles ont réussi à « combler un vide », ce qu’elles faisaient déjà depuis le début du conflit, en réalité. Ce sont des ONG bien établies, avec des personnes compétentes, et elles ont très rapidement évacué les gens de la ligne de front ou livré du matériel essentiel. À titre d’exemple, une ONG spécialisée dans la prévention et le traitement du VIH a immédiatement mobilisé des bus qu’elle utilisait dans le cadre d’un programme mobile pour évacuer les personnes en zones de conflit. C’est l’un des exemples montrant la rapidité avec laquelle les ONG ukrainiennes se sont adaptées au contexte de la guerre.

En tant que journaliste, quelles sont vos conditions de travail actuelles, quel accès avez-vous au terrain, notamment aux zones de conflit ?

Je travaille principalement sur des questions humanitaires et civiles. Les autorités ukrainiennes ont très vite introduit un système d’accréditation pour les journalistes, ce qui leur permet d’aller partout, en théorie. Dans les faits, c’est un peu différent mais cela reste assez efficace. Il est beaucoup plus difficile de travailler maintenant pour des raisons logistiques mais aussi en termes de sûreté. Depuis le mois d’octobre 2022, il y a un gros problème au niveau des infrastructures énergétiques, même à
Kiev ou à Lviv.

Crédit :Katya Moskalyuk / Première Urgence Internationale

Quels sont les besoins actuels de la population civile à l’approche de l’hiver ?
Comment voyez-vous l’évolution de la situation dans les mois à venir ?

Les besoins sont énormes. La Banque mondiale a récemment prédit qu’à la fin de cette année, 25% des Ukrainiens vivraient dans la pauvreté, et à la fin de l’année prochaine, ce chiffre dépassera 50%. Cet été, le gouvernement ukrainien a appelé les civils des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia à évacuer, car il ne peut pas assurer la livraison de gaz et d’électricité là-bas. Au cours des deux ou trois dernières semaines [NdlR: près de 40% des infrastructures énergétiques ont subi plusieurs attaques de missiles en octobre 2022], des coupures ont eu lieu dans tout le pays et concernent des millions de personnes. L’éducation aussi en pâtira, car les enfants ne pourront pas étudier en ligne.

En ce qui concerne les structures de santé, pendant la pandémie de Covid-19, l’Ukraine avait commencé à fournir à chaque hôpital son propre générateur et un système d’alimentation de secours. Cependant, les deux ou trois dernières semaines ont clairement montré que des solutions à long terme étaient nécessaires.

Justement, quel diagnostic faites-vous de l’état de ces services de santé et des moyens d’y accéder pour la population civile ?

Je pense que cela dépend beaucoup de là où vous vous trouvez dans le pays. Il y a beaucoup d’endroits où le système de santé fonctionne encore et les personnes déplacées devraient pouvoir y avoir accès où qu’elles se trouvent.

Dans des régions comme celle de Donetsk, où le gouvernement ukrainien a appelé la population à évacuer, il a été question de fermer les hôpitaux, non seulement pour essayer de faire partir les gens, mais aussi parce qu’ils ne pouvaient pas garantir l’électricité. Même avant l’offensive du 24 février, la pénurie de personnel de santé était un gros problème en particulier dans l’est de l’Ukraine, et la situation depuis s’est considérablement aggravée avec le déplacement des personnes ou leur départ à l’étranger.


Découvrez La Chronique qui revient sur les angoisses des ukrainiens face à cet hiver alors qu’on estime que 30% des infrastructures énergétiques dans le pays ont été endommagées.

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