Ile-de-France : Une journée en immersion dans une clinique mobile


Comme dans d’autres pays, au Nigeria, en Libye et au Mali, Première Urgence Internationale a mis en place des cliniques mobiles en Ile-de-France, pour faciliter l’accès au système de santé aux personnes les plus démunies. Sur cette réponse d’urgence au COVID-19, l’ONG intervient avec le soutien de l’Agence régionale de santé, la Fondation Sanofi Espoir, la Fondation Abbé Pierre, l’association La Chaîne de l’Espoir et la Fondation RAJA – Danièle Marcovici.

L’objectif : proposer des consultations médicales pour la détection des symptômes du COVID-19, faire de la sensibilisation sur le virus, pour ralentir la propagation du virus au sein des populations vivant en squat et bidonville.

Après une période de sensibilisation à distance, les médiatrices en santé de Première Urgence Internationale ont pu retourner sur le terrain, pour sensibiliser les populations vulnérables au COVID-19.
Chiara Ciampa, l’une de nos chargées de communication, les a accompagné afin de couvrir cette action.

« Lorsque nous sommes retournées sur les bidonvilles où l’on intervient habituellement, les personnes que nous connaissions étaient rassurées de nous retrouver. Pendant le premier mois du confinement, très peu d’acteurs se sont mobilisés physiquement vers ces personnes. Il y avait un énorme besoin de discuter de la situation, de se sentir épaulé », témoigne Justine, médiatrice en santé.

Depuis le 16 avril, les médiatrices effectuent trois sorties  par semaine dans le département du Val-de-Marne.

Le départ

Première Urgence Internationale a mis en place deux cliniques mobiles, avec, dans chacune, une équipe composée de deux personnes. Aujourd’hui, Chiara est avec Justine, médiatrice en santé, et Françoise, infirmière bénévole. Elles partent le matin du centre d’insertion de Première Urgence Internationale, qui est maintenant transformé en stock d’urgence, où sont entreposés les kits à distribuer(1).

L’équipe vérifie que tout est présent dans la voiture, puis se met en marche vers un des squats de notre sortie terrain du jour, choisi au regard de la remontée information des association travaillant dans le 94(2) .

COVID-19 cliniques mobiles en Ile-de-France de Première Urgence Internationale

« La coordination avec l’inter-asso est très importante pour avoir une cartographie des bidonvilles, une estimation du nombre de personnes, et surtout pour avoir les contacts et se présenter aux personnes en amont des visites », explique Thomas, responsable Projet Santé – Squats et Bidonvilles de la Mission France de Première Urgence Internationale.

Aujourd’hui, la clinique mobile va dans un squat à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), dans la banlieue sud-est de Paris. Le squat n’est pas loin du bidonville de Bonneuil, là où Justine travaille habituellement pour Première Urgence Internationale. « Normalement, nous intervenons toujours sur le même terrain. Ces nouvelles actions nous permettent d’élargir notre vision en rencontrant de nouvelles situations », explique Justine.

La visite dans le squat

Une première famille accueille l’équipe, qui rentre dans une pièce réchauffée par une chaudière, un homme est en train de lire. Il s’arrête pour nous écouter, pendant que sa fille et sa nièce cherchent des chaises pour nous.

« Est-ce que vous avez entendu parler du Coronavirus ? », c’est la phrase d’accroche du binôme de Première Urgence Internationale. La réponse est toujours « oui », mais en commençant à en parler, on découvre que les personnes n’ont pas les informations correctes, voire parfois n’en ont pas du tout.

C’est pour cela que Justine et Françoise expliquent, avec l’aide de supports, les symptômes du COVID-19, les comportements à adopter en cas de suspicion de contamination, les gestes barrières et de protection à adopter, l’attestation à remplir pour sortir.

La fille et son grand père sont asthmatiques, ils montrent donc à Françoise les médicaments qu’ils doivent prendre. « Nous rencontrons souvent des personnes avec des maladies chroniques dans ces lieux, c’est donc important de les écouter et rassurer », explique infirmière. « Ce n’est pas la technique qui fait une soignante. Ce n’est pas prendre la tension qui fait de moi une infirmière. C’est l’écoute ! »

L’équipe laisse ensuite place aux questions. Souvent les personnes n’ont pas peur de la maladie en elle-même, mais des conséquences qu’elle peut apporter dans leur vie : manque de suivi médical, incapacité de travailler, de scolarisation. Le COVID-19 a aggravé les conditions de vie, déjà difficiles, dans lesquelles ils se trouvent.

C., 14 ans, est la seule enfant à aller à l’école dans ce squat. « Je voudrais être vétérinaire », dit-elle, en français. On voit l’inquiétude dans ses yeux en parlant de l’arrêt de l’école. Elle se demande quand elle pourra y retourner. Justine lui explique les décisions du gouvernement prises par rapport à la reprise scolaire et elle la tranquillise.

Il n’y a pas d’électricité dans le squat, ce qui isole encore plus les personnes, qui n’arrivent pas à suivre les informations. « Comment je peux savoir ce qui se passe à l’extérieur ? Je n’ai pas de télévision et je n’ai pas d’électricité », résume un des habitants du squat.

Coronavirus Intervention de Première Urgence Internationale dans les squats et bidonvilles du Val-de-Marne

Deux volets pour mieux répondre aux besoins

Les deux volets d’intervention de Première Urgence Internationale sont la santé et l’accès à l’eau et à l’hygiène. Même si le COVID-19 n’est pas encore arrivé dans ces squats et bidonvilles à cause, ou grâce, à l’isolement de ces populations, c’est très important de faire une veille, parce que nous rencontrons des personnes en situation de vulnérabilité.

Une fille de 18 ans, enceinte de son deuxième enfant, nous explique que son RDV médical de suivi prénatal a été annulé à cause de la pandémie. Une autre, une vingtaine d’années, a été opérée à la cataracte mais elle n’a pas encore eu de suivi. En attendant, elle n’arrive pas à voir. Un monsieur, qui a eu plusieurs AVC, partage son ressenti : « Moi, je ne crois pas dans cette maladie. »

« Nous repérons tous ces cas, en essayant de les rassurer au maximum, les écouter, les sensibiliser, d’autant plus puisqu’ils présentent des signes de comorbidités », explique Justine.

Enfin les conditions d’hygiène pour lutter contre l’épidémie sont difficiles à réunir. Beaucoup de lieux de vie n’ont même pas accès à l’eau. Il est facile d’imaginer comment la propagation du virus pourrait être rapide dans ces lieux de vie ou la promiscuité est une réalité.

« Les personnes respectent comme elles le peuvent les gestes barrières, néanmoins il faut rappeler que dans un bidonville ou squat, la distanciation sociale est très difficile voire impossible à respecter, et qu’il n’y a pas toujours d’accès à l’eau », résume Justine.

Coronavirus Intervention de Première Urgence Internationale dans les squats et bidonvilles du Val-de-Marne

C’est pour cette raison que Première Urgence Internationale a retenu indispensable mettre en place, en plus, une équipe dédiée à l’eau, l’hygiène.

« Actuellement les personnes du squat de Sucy-en-Brie n’ont pas d’accès à l’eau potable sur leur site. Nous avons effectué une évaluation des possibilités de raccordement à des bornes d’incendie à 250 m, équipées d’une rampe de distribution d’eau proche de leur lieu de vie, et un éventuel raccordement au réseau d’eau potable sur le site. Mais techniquement, cette intervention n’est possible que par les services techniques de la ville. Nous avons donc sollicité la mairie de Sucy-en-Brie pour obtenir l’autorisation d’accès au réseau d’eau potable au plus vite, pour qu’ils puissent bénéficier de l’essentiel en cette période de crise sanitaire : le droit à l’eau potable, qui est un droit fondamental et essentiel. Première Urgence Internationale  a également proposé à la mairie de mettre ses compétences et équipes à disposition, afin de soutenir les services techniques de la ville », explique Emilie Sevestre, Responsable technique eau, hygiène et assainissement pour la mission France de Première Urgence Internationale.

Première Urgence Internationale intervient également pour l’accès à l’hygiène de base des personnes, en leur mettant à disposition des jerricans pour le stockage de l’eau dans des conditions saines, l’hygiène corporelle et du lieu de vie. Prochainement, l’organisation fournira à chaque famille des kits contenant des consommables pour deux mois, pour leurs besoins d’hygiène, de ménage et de stockage de l’eau dans des conditions saines. Cette distribution sera accompagnée d’une sensibilisation aux gestes barrières face au COVID-19.

La fin de la journée

À la fin de la sensibilisation, un monsieur s’approche de l’équipe de la clinique mobile : « Je vous remercie d’avoir pris ce temps pour nous. » Les personnes rencontrées par l’équipe sont extrêmement reconnaissantes envers nos actions.

La situation actuelle est difficile pour tout le monde, mais d’autant plus pour des personnes qui ne peuvent plus avoir accès à des ressources, ce qui est le cas des habitants des squats et bidonvilles que nous rencontrons. Une question qui revient souvent est : « quand est-ce que tout cela va se terminer ? ». Toutefois, malgré leur situation très précaire, les personnes gardent un calme et une résilience impressionnante.

Depuis 2012, Première Urgence Internationale mène des activités de médiation en santé dans des bidonvilles d’Ile-de-France, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. Trois médiatrices bilingues assurent un suivi régulier de dizaines de familles roumanophones, pour faciliter leur accès à la santé et faire respecter leurs droits. Avec l’arrivée du COVID-19, les bidonvilles se sont partiellement vidés. Mais la vulnérabilité de ces populations s’est aggravée.

(1) Les kits des cliniques mobiles contiennent : savon, dentifrice, shampooing, brosse a dents, et serviettes hygiéniques.

(2) Interasso 94 : Romeurope, Acina, Fondation Abbé Pierre, Hors la rue, les Enfants du canal.

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