Le Liban rattrapé par la baisse des financements des projets humanitaires


Première Urgence Internationale est présente au Liban depuis 1996. Les équipes sont mobilisées pour améliorer la situation des populations hôtes et réfugiées dans un pays étranglé par des difficultés économiques et sécuritaires. Alors que les financements des projets humanitaires diminuent, Antoine Sagot-Priez, chef de la mission Liban pour Première Urgence Internationale, rappelle qu’il est nécessaire de continuer à agir au quotidien pour soutenir les populations vulnérables.

Les activités risquent de souffrir de la baisse des financements des projets humanitaires au Liban

Au Liban, y-a-t-il toujours urgence à intervenir ?

Oui, il y a toujours d’énormes besoins humanitaires dans le pays. Depuis 2011 et le début de la crise syrienne, le Liban est confronté à une crise sans précédent. Les réfugiés syriens fuyant leur pays sont venus dans ce pays voisin. Aujourd’hui,  au Liban, 1 habitant sur 5 est syrien. Ces réfugiés vivent dans une situation très précaire. Ils représentent en même temps un poids pour le pays qui connait déjà une forte instabilité et une grande pauvreté. La société libanaise fait des efforts considérables pour accueillir les Syriens.

S’ajoutent à ces difficultés, une baisse des financements des projets humanitaires alloués par les bailleurs aux projets humanitaires destinés aux réfugiés ainsi qu’aux populations hôtes. La raison : une crise qui se prolonge depuis 6 ans. Cette diminution des financements des projets humanitaires d’urgence est normale. Cependant, il est essentiel de maintenir des conditions de vie dignes pour les personnes qui sont déplacées depuis plusieurs années.

Nous allons être contraints de diminuer le nombre de personnes bénéficiant de nos projets. La baisse des financements des projets humanitaires, qui nous permettent d’aider les populations les plus vulnérables, va toucher une grande partie de la population, celle qui ne va plus recevoir d’assistance car il va falloir revoir les critères de vulnérabilité. Certains habitants vont se situer juste au-dessus de ces nouveaux indicateurs. Il va falloir reconsidérer ce que signifie la vulnérabilité dans un tel contexte. C’est une question existentielle pour les travailleurs humanitaires.

Est-ce que la baisse des financements des projets humanitaires va modifier notre intervention dans le pays ?

En effet, nous allons intervenir dans le cadre d’une diminution des financements des projets humanitaires. Nous ne savons pas encore concrètement l’impact que ça aura. Nous concentrons de plus en plus nos activités sur l’accès aux services de base, comme la santé, destinés à la population hôte et aux réfugiés. Le système de santé est extrêmement coûteux dans le pays et exclut les habitants les plus démunis. Par exemple aujourd’hui, certaines femmes qui font face à des complications après leur accouchement, ne peuvent pas être prises en charge convenablement.

Nous constatons une paupérisation des populations affectées par la crise. Pour freiner cet engrenage, nous distribuons des liquidités aux personnes dans le besoin afin qu’elles puissent accéder à des services de qualité, en fonction de leurs besoins.

Nous espérons également pouvoir continuer à travailler dans le Akkar, une des zones les plus pauvres du pays. Par exemple en ce moment, nous réhabilitons les infrastructures d’eau d’un village de cette région où cohabitent des Syriens et des Libanais.

Les financements des projets humanitaires sont donc plus que nécessaires en ce moment ? On commence pourtant à parler du retour de certains réfugiés syriens dans le pays.

Certains dirigeants du pays ont exprimé aux Nations Unies l’urgence du retour des réfugiés syriens dans leur pays d’origine. Mais il faut rappeler que la plupart des Syriens rêvent de retourner dans leur pays et qu’ils le feront s’ils jugent que c’est légitime et possible. Le retour n’est pas un devoir mais un droit. Ce sujet provoque de nombreux débats, voilà où nous en sommes pour le moment.

Et il ne faut pas oublier d’autres problématiques comme l’état des camps palestiniens dans le pays qui sont surpeuplés. Notre présence est donc plus que souhaitable au Liban. Compte-tenu des financements des projets humanitaires à venir, nous espérons pouvoir continuer à porter assistance aux populations.

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