Accompagner les sortis-guéris du virus Ebola et appuyer le système de santé en Guinée


Le 26 décembre 2013, dans un village reculé de Guinée Forestière, Meliandou, un petit garçon de 2 ans est tombé malade, frappé par une étrange maladie dont les symptômes étaient de la fièvre, des selles noires et des vomissements. Il mourut deux jours plus tard. Une étude rétrospective menée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) identifiera plus tard cet enfant comme le premier cas de la maladie à virus Ebola (MVE) en Afrique de l’Ouest. Dès lors une épidémie d’Ebola apparut en Guinée, en Sierra Leone et en Libéria. Cette épidémie ne sera notifiée par l’OMS que le 23 mars 2014 suite à des analyses virologiques. Cette flambée de l’épidémie a été favorisée par différents facteurs tels que la fragilité du système de santé, une mauvaise communication autour de la maladie, l’influence des us et coutumes des populations, la mobilité économique ainsi qu’un taux élevé d’analphabétisme. Ainsi, la population n’a pas pris au sérieux ce phénomène et, par conséquent, n’a pas observé correctement les mesures d’hygiène recommandées par les différentes organisations impliquées dans la riposte.

Photo article Guinée

Pour endiguer cette épidémie une réponse en trois phases a été mise en place. Lors de la phase 1 (d’août à décembre 2014), l’OMS et ses partenaires se sont attachés à apporter une réponse rapide  avec l’augmentation du nombre de centres de traitement Ebola et de lits pour les patients ; la mise en place des inhumations sans risque et dans la dignité ; et le renforcement des capacités de mobilisation sociale. L’’OMS et ses partenaires sont ensuite passés à la phase 2 des opérations (de janvier à juillet 2015) où l’accent a alors été mis sur l’augmentation des capacités de recherche des cas suspects ; l’augmentation des capacités de recherche des personnes ayant été en contact avec un malade ; et l’engagement des communautés dans la lutte contre le virus.

L’OMS et ses partenaires sont enfin passés en phase 3 (d’août 2015 à la mi-2016), avec comme objectif d’interrompre toutes les dernières chaînes de transmission du virus. Pour ce faire, plusieurs activités ont été définies à savoir : renforcer l’identification rapide de tous les cas, de tous les décès et de tous les contacts ; établir et maintenir des procédures sûres de triage des patients et la sécurité dans les établissements de santé ; créer des équipes multidisciplinaires d’intervention rapide aux niveaux régional et local ; inciter les personnes et les communautés à se conformer aux mesures de santé publique ; engager des actions locales sous la responsabilité des communautés ; améliorer l’engagement et le soutien de ceux qui ont survécu à Ebola ; et mettre fin à la transmission interhumaine du virus Ebola.

Le 29 décembre 2015, l’OMS a déclaré la fin de la transmission interhumaine du virus Ebola en Guinée, le pays a alors entamé une période de vigilance renforcée. Malheureusement, le virus Ebola a resurgit dans les préfectures de N’Zérékoré et de Macenta du 17 mars au 06 avril 2016, occasionnant la mort de huit personnes sur les 10 cas confirmés ou probables.

Suite à la première déclaration de fin d’épidémie, l’OMS et ses partenaires avaient insisté sur la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique en impliquant les sortis-guéris dans ce processus. Les publications scientifiques relatives à la persistance du virus Ebola dans certains fluides corporels laissent craindre de nouvelles résurgences, notamment dans l’entourage proche des sortis-guéris, si des mesures de surveillance n’étaient pas prises. C’est pourquoi une stratégie renforcée de détection précoce des cas suspects a été mise en place.

C’est dans un tel contexte que Première Urgence Internationale a bénéficié d’un financement de la Direction Générale de l’Union Européenne pour l’Aide Humanitaire et la Protection Civile (DG ECHO) afin d’assurer une surveillance active des sortis-guéris du virus Ebola et de participer au démarrage des activités d’appui au système de santé dans la Préfecture de Dubréka. Cela s’est fait à travers la gestion du risque de résurgence de la maladie à virus Ebola et l’amélioration de l’accès à des soins de santé primaire de qualité dans le District sanitaire de Dubréka, avec une gratuité ciblée pour les sortis-guéris et leur entourage, les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.

A travers ce projet, ce sont 46 sortis-guéris qui ont été impliqués dans la surveillance. L’objectif de cette surveillance est d’impliquer les personnes survivantes du virus Ebola dans la surveillance communautaire par une formation initiale sur les maladies à potentiel épidémique, sur la méthode de collecte et d’échange des informations et par la fourniture d’un kit constitué notamment d’un téléphone et de crédits de télécommunication. Ces personnes ont ainsi eu pour mission de communiquer tous les évènements liés à la survenue d’un cas de maladie ou de décès dans sa famille, son entourage et sur son lieu de travail. Le soutien dans la prise en charge des maladies courantes des sortis-guéris et de leur entourage a permis un suivi régulier de leurs pathologies tout en renouant le lien entre ces personnes stigmatisées et la communauté. Ainsi, au cours du projet, l’ensemble des alertes qui ont été remontées par ces personnes ont pu être investiguées afin de pallier au risque d’une résurgence de la maladie.

L’implication des sortis-guéris est donc primordiale à la réussite du projet. Le renforcement des compétences des agents de santé ainsi que les dotations faites aux centres et postes de santé en matériels et équipements sont également des points indispensables pour assurer une prise en charge rapide des cas suspects.

Plus de six mois après l’apparition des dernières personnes victimes du virus Ebola en Guinée, les mécanismes s’installent dans l’ensemble du pays pour pallier à toute résurgence de la maladie. Cette dernière, qui a parfois décimé des familles entières, reste présente dans les esprits mais aujourd’hui le pays reprend sa marche après deux années d’isolement.

Le délai de trois mois étant écoulé depuis la dernière proclamation de la fin de la MVE en Guinée par l’OMS le 1er juin 2016, le pays en est désormais considéré comme exempt. Au total, 28 616 cas confirmés, probables et suspects ont été notifiés en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, dont 11 310 décès. Plus spécifiquement pour la Guinée, Ebola aura sévi pendant près de 2 ans et demi, et est à l’origine du décès de 2 544 personnes dont 115 issues du personnel de santé.

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