Accès à l’eau, hygiène, assainissement… Les priorités en temps d’épidémie


Première Urgence Internationale intervient de longue date dans de nombreux pays à travers le monde, aux côtés de populations en situation de crises humanitaires. La crise sanitaire mondiale actuelle replace tous les pays du monde en position d’égalité et impose partout les mêmes consignes et procédures strictes. Notamment en termes d’hygiène, accès à l’eau, et assainissement. Profitons de la Journée mondiale de l’eau, dimanche 22 mars, pour rappeler quelques bases.

L'eau, l’hygiène, et l’assainissement sont important surtout en cas de pandémie

© Frédéric Noy.

Lors d’une crise sanitaire, quelle est l’urgence ?

L’urgence première est évidemment la prise en charge médicale (identification, isolement et traitement des cas) et l’approvisionnement du matériel pour soigner les personnes atteintes de la maladie – en l’occurrence le virus du COVID-19, mais la règle est la même en cas d’épidémies bactériologiques. Cependant, en parallèle de cette réponse santé, et pour faciliter et optimiser le travail de tous les personnels soignants, d’autres enjeux sont cruciaux. Comme l’eau, l’hygiène, et l’assainissement (que l’on désigne dans le secteur humanitaire par l’acronyme WASH : Water Sanitation and Hygiene).

Pour être efficace sur ces enjeux et progressivement atteindre des conditions d’hygiène acceptables, il faut hiérarchiser les priorités:

  • D’abord, protéger les équipes, notamment médicales, en leur assurant de pouvoir se laver les mains et travailler dans des conditions d’hygiène irréprochables. Ainsi le personnel d’entretien et d’hygiène est clé pour la prévention et le contrôle des infections.
  • Il faut ensuite assurer un accès à l’eau dans toutes les structures de santé mais aussi les campements et bidonvilles. « L’accès à l’eau est évidemment un élément clef pour assurer l’application des gestes barrières », rappelle Timothée Le Guellec, expert technique chez Première Urgence Internationale. Plus l’environnement est insalubre, plus l’approvisionnement en eau est un enjeu important.
  • Ensuite, garantir la qualité de l’eau, différente en fonction des usages : eau de boisson, eau pour le lavage des mains, eau pour le lavage du sol, eau pour le lavage des habits. Première Urgence Internationale appuie le personnel des centres de santé pour adapter les procédures en contextes d’épidémie (chloration et suivi de la qualité de l’eau par exemple). Le suivi de la qualité est clef pour prévenir la propagation du virus. Cela permet également d’éviter la propagation d’autres bactéries ou virus qui pourraient aggraver la situation, d’autant plus auprès de populations qui souffrent en parallèle de malnutrition sévère (Yémen, Nigeria, République démocratique du Congo… parmi d’autres exemples)
  • Enfin, lorsque les trois premiers points sont garantis, il est indispensable de veiller à la gestion des déchets. Collecter et traiter efficacement les déchets médicaux (aiguilles, perfusions, flacons, papier…), pour empêcher la propagation du virus et réduire le nombre de contaminations. Et désinfecter avec des précautions supplémentaires toutes les installations sanitaires (toilettes, douches, zones de lavage…). L’enjeu est ici encore, de protéger les personnes, mais aussi les sols et les ressources en eau souterraines et de surface.

Lire aussi : Coronavirus : Adapter en urgence les interventions humanitaires

Quelles mesures doivent être prises concrètement ?

Il est important de noter qu’en phase d’épidémie, les standards minimum humanitaires changent : les besoins en eau augmentent drastiquement, du fait de l’augmentation de la fréquence de nettoyage et de désinfection des personnes et surfaces, mais aussi car les malades, fiévreux, se déshydratent et ont besoin de boire de l’eau potable en plus grande quantité pour survivre.

Les acteurs de la réponse sanitaire se coordonnent pour pouvoir, efficacement :

  • assurer des stocks d’eau potable pour 72h minimum (au lieu de 48h en temps normal) ;
  • ajuster la quantité et la concentration du chlore dans l’eau de boisson, l’eau de lavage des mains, le lavage des sols ;
  • adapter les installations et se doter de nouveaux équipements si nécessaire (seaux à vomi, dispositifs de lavage des mains, pédiluves) ;
  • augmenter la maintenance (vidange des latrines, fréquences de lavage des sols et surfaces…) ;
  • assurer l’hygiène jusqu’au domicile (distribution de kits d’hygiène pour que les malades soignés puissent continuer les gestes barrières à domicile) ;
  • augmenter la protection du personnel durant les procédures de gestion des déchets (équipements de protection individuelle, chariots à poubelles…) ;
  • assurer un service minimum sur la coordination pour former le personnel, formaliser les procédures et les adapter au jour le jour si besoin.

« Un des enjeux importants est d’établir des procédures dans les centres de santé où l’on intervient, pour cadrer ce qu’on fait en période d’épidémie », explique Timothée Le Guellec. « Par exemple : comment garantit-on l’hygiène des soignants lorsqu’ils font une injection ? Comment transporter et incinérer les déchets souillés par le virus ?…. Et surtout définir qui est responsable : par qui les déchets doivent-être évacués (hygiéniste ? gardien ? service étatique ? traitement à l’international ?) et avec quels équipements de protection… ? » Procédures qui doivent bien sûr être adaptées aux normes nationales et aux outils existants. Mais elles permettent aux équipes sur le terrain d’être en mesure de déployer la réponse en quelques heures.

Quels sont les outils de Première Urgence Internationale ?

Bien avant la propagation du COVID-19, aujourd’hui à l’état de pandémie mondiale, Première Urgence Internationale avait lancé une enquête interne et développé des outils pour le diagnostic et la mise à l’échelle en urgence, de manière adapté aux activités de Première Urgence Internationale.

Grâce à ce travail préalable, dans l’urgence sanitaire actuelle, les équipes techniques WASH et santé sont aujourd’hui en mesure de réaliser les étapes clefs d’une réponse sanitaire d’urgence : 1 – évaluation rapide, 2 – plan de préparation et de réponse, 3 – monitoring, tel que recommandée dans la note de l’UNICEF spécifique à la réponse sur le COVID-19 . Ils ont aussi à disposition des outils essentiels pour collecter des informations et cartographier la situation sur leur terrain : par exemple, la localisation des ressources en eau, des sites de traitement des déchets… – ce qui permet de prioriser les points d’eau à filtrer et traiter.

Première Urgence Internationale s’appuie également sur les nouvelles technologies de l’information et la communication, puisque les outils d’évaluation rapide sont disponibles aux équipes à travers le monde via tablettes ou smartphones et peuvent ensuite être analysées via les systèmes d’information géographiques. Ceci a notamment l’avantage de permettre une communication en temps réel entre le siège à Paris et les équipes partout dans le monde.

La présence historique des équipes dans la plupart des zones d’intervention permet également à Première Urgence Internationale d’être intégrée et reconnue sur le terrain, et de pouvoir sensibiliser les populations et véhiculer des messages cruciaux de prévention. Rappel des gestes barrières, marche à suivre en cas de contamination, suivi psychologique à distance pour les personnes à risque et isolées… Toutes ces communications préventives sont faites dans les langues et formats adaptés aux communautés visées, pour que les messages soient bien compris, partagés, et appliqués.

Et après l’urgence ?

Une fois l’urgence passée, et jusqu’à ce que l’épidémie soit vaincue et circonscrite, Première Urgence Internationale, comme d’autres structures humanitaires, continue à mettre à jour et établir de nouvelles procédures et à travailler avec les autorités locales. C’est ce qui a déjà fait en République démocratique du Congo, face aux épidémies de rougeole et de maladie à virus Ebola, et c’est aussi ce qui est fait régulièrement au Yémen, face aux poussées épidémiques de choléra.

L’un des objectifs de moyen-terme est par exemple de former le personnel de l’État aux procédures et standards internationaux de prévention et gestion des crises sanitaires. « De manière à ce que quand on arrête la réponse d’urgence, les équipes locales soient en mesure de reprendre la réponse par eux-mêmes, pour que l’intervention se poursuive », éclaire Timothée Le Guellec. Et ainsi, pour que les risques sanitaires soient réduits au maximum en cas de futures épidémies sur ces terrains.

 

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