Actualité

Journée mondiale de la santé mentale : face aux crises humanitaires, soigner aussi les blessures invisibles

Conflits, déplacements forcés, perte d’un proche, précarité, isolement… Les crises humanitaires bouleversent les conditions de vie, mais affectent aussi profondément la santé mentale des populations. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, il est important de rappeler l’importance d’intégrer la santé mentale et le soutien psychosocial à la réponse humanitaire. 

Publié le 02/10/2026 | Temps de lecture : 9 min

psychologue humanitaire

Lorsqu’une crise éclate, les besoins les plus visibles s’imposent immédiatement : se mettre à l’abri, trouver de l’eau et de la nourriture, accéder à des soins. Mais les conséquences d’une guerre, d’un déplacement ou de violences ne sont pas uniquement physiques. 

Anxiété, tristesse, troubles du sommeil, deuil, stress aigu ou encore sentiment d’isolement peuvent durablement affecter les personnes confrontées à une situation d’urgence. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), presque toutes les personnes touchées par une urgence connaissent une forme de détresse psychologique. Parmi celles ayant vécu une guerre ou un conflit au cours des dix dernières années, 22 % peuvent présenter de problématiques en lien avec la santé mentale, comme une dépression, un trouble anxieux ou un trouble de stress post-traumatique. 

Des crises qui affectent aussi la santé mentale 

Perdre son logement ou un proche, être séparé de sa famille, devoir quitter son pays, vivre pendant plusieurs années dans l’incertitude : les facteurs susceptibles d’affecter la santé mentale se multiplient dans les contextes de crise. 

Les situations d’urgence peuvent également fragiliser les liens sociaux et les moyens de subsistance, tandis que les structures de santé sont elles-mêmes mises sous pression. L’accès à des soins de santé mentale et de soutien psychosocial adaptés devient alors plus difficile au moment même où les besoins augmentent. 

C’est pourquoi Première Urgence Internationale intègre la santé mentale et le soutien psychosocial dans les soins de santé primaires. Nos interventions peuvent aller de la sensibilisation communautaire, passer par l’accompagnement dans la gestion du stress aux soins spécialisés en santé mentale, avec une approche qui considère la santé mentale comme un continuum entre bien-être et troubles psychiques.  

Sur le terrain, cet accompagnement prend différentes formes en fonction des besoins : consultations psychologiques, soutien psychosocial individuel ou collectif, psychoéducation, orientation vers des services adaptés ou encore activités communautaires. 

centre accueil enfants ukraine

En Colombie, créer un espace pour parler et être écouté 

Dans le département d’Arauca, à la frontière avec le Venezuela, les conséquences du conflit armé se mêlent aux difficultés rencontrées par les populations migrantes et les communautés locales. Restrictions de mouvement, obstacles administratifs et saturation des services publics rendent parfois impossible l’accès à un médecin ou à un psychologue.  

Première Urgence Internationale y déploie notamment des structures de santé fixes et des cliniques mobiles. En complément des soins de santé primaire, nos équipes proposent des services de santé mentale et de soutien psychosocial. En 2025, 15 380 personnes ont bénéficié des interventions de Première Urgence Internationale en Colombie, tous secteurs d’intervention confondus.  

Derrière ces chiffres se trouvent des parcours individuels. 

Pour certaines personnes rencontrées par nos équipes, pouvoir parler constitue déjà une étape importante. C’est le cas d’Elizabeth, originaire du Venezuela. Après avoir quitté son pays et ses enfants en raison de la situation économique, elle s’est installée en Colombie. L’éloignement de sa famille et son parcours migratoire pèsent sur son quotidien. Lors de ses échanges avec une psychologue de Première Urgence Internationale, elle peut mettre des mots sur ce qu’elle traverse. 

« Ça m’a aidée, parce qu’elle me conseille, elle m’écoute. […] Quand on est seule, sans famille ici, on n’a personne à qui parler, on pleure. » 

Ces espaces permettent aux personnes de parler de leur migration, mais aussi des pertes, des violences ou des déplacements qu’elles ont vécus. Une dimension de l’aide humanitaire moins visible qu’une consultation médicale ou une distribution, mais qui répond à un besoin bien réel.

En Ukraine, accompagner les conséquences psychologiques de la guerre 

En Ukraine, plus de dix ans de conflit et plusieurs années de guerre à grande échelle ont profondément bouleversé la vie quotidienne. Déplacements répétés, destruction des infrastructures, séparation des familles et proximité des combats affectent durablement les populations. 

En 2025, les besoins en santé mentale et soutien psychosocial demeuraient particulièrement importants, alors que les services d’accompagnement restaient insuffisamment disponibles dans certaines zones. Première Urgence Internationale intervenait auprès des personnes déplacées et des communautés vivant à proximité de la ligne de front, notamment grâce à des unités mobiles proposant des soins de santé, des services de santé mentale et de soutien psychosocial ainsi que des services d’accompagnement et d’orientation.  

Dans ces contextes, prendre soin de la santé mentale ne signifie pas seulement traiter un trouble diagnostiqué. Il s’agit aussi de permettre aux personnes confrontées à des événements particulièrement éprouvants d’avoir un espace d’écoute et de soutien, d’aider les personnes à faire face aux difficultés du quotidien et, lorsque cela est nécessaire, orientées vers une prise en charge adaptée. 

centre d'accueil ukraine

Au Liban, renforcer les ressources et le sentiment de sécurité 

Au Liban, les crises successives ont elles aussi laissé des traces : effondrement économique, explosion du port de Beyrouth, déplacements et escalade du conflit ont accru les vulnérabilités d’une population déjà confrontée à un système de santé sous pression. 

Dans ce contexte, les services de santé mentale et de soutien psychosocial restent largement difficiles d’accès. Première Urgence Internationale et ses partenaires développent une réponse multisectorielle associant notamment santé, protection, santé mentale et soutien psychosocial au Liban. 

Cette approche est essentielle dans les crises prolongées. Car les besoins psychologiques ne disparaissent pas lorsque l’urgence immédiate s’éloigne ou que l’attention médiatique diminue. 

intervention liban sanofi foundation june 2026

Faire de la santé mentale une composante à part entière de la réponse humanitaire 

La prise en charge de la santé mentale en situation d’urgence ne repose pas sur une réponse unique. L’OMS recommande une combinaison d’actions allant du renforcement des soutiens communautaires aux premiers secours psychologiques, en passant par les interventions psychologiques, les soins cliniques et l’orientation vers des services spécialisés.  

C’est également dans cette logique que s’inscrivent les interventions de Première Urgence Internationale. Intégrer la santé mentale aux autres composantes de la réponse humanitaire permet de considérer la personne dans son ensemble, au-delà de ses seuls besoins physiques. 

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, rendre visibles ces besoins, c’est aussi rappeler que derrière chaque crise se trouvent des personnes dont les parcours ne s’arrêtent pas aux blessures que l’on peut voir.