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Dans le nord-est du Nigeria, les conflits prolongés et les déplacements de population ont profondément fragilisé les systèmes alimentaires, l’accès aux soins et les moyens de subsistance, exposant particulièrement les enfants de moins de cinq ans ainsi que les femmes enceintes et allaitantes à la malnutrition.
Publié le 22/09/2026 | Temps de lecture : 7 min
À travers un programme de nutrition communautaire, Première Urgence Internationale aide les familles à détecter précocement la malnutrition, à améliorer leurs pratiques alimentaires et à éviter que les cas modérés ne s’aggravent. À Pulka, cet accompagnement a permis à Fatima, 22 ans, de mieux prendre soin de son fils Ali et de l’accompagner sur le chemin de la guérison.
Dans le nord-est du Nigeria, les conflits prolongés et les déplacements de population ont perturbé les systèmes alimentaires, l’accès aux soins et les moyens de subsistance, augmentant le risque de malnutrition parmi les populations les plus vulnérables.
En 2025, 6,4 millions d’enfants étaient touchés par la malnutrition aiguë dans le nord-est et le nord-ouest du Nigeria, dont 4,4 millions par la malnutrition aiguë modérée (MAM) et 2 millions par la malnutrition aiguë sévère (MAS). L’État de Borno est particulièrement touché, avec un taux de malnutrition aiguë globale de 15,7 %.
En 2026, Bama, Gwoza et Monguno, trois zones de gouvernement local (LGA) où intervient Première Urgence Internationale, ont été classées en phase 4 de l’IPC pour la malnutrition aiguë, témoignant d’une situation critique.
Face à cette situation, Première Urgence Internationale a lancé en novembre 2025 un projet soutenu par le Fonds humanitaire pour le Nigeria (NHF), destiné à 2 880 enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée à Bama, Pulka et Monguno.
Au cœur de ce programme : l’approche Tom Brown, une méthode communautaire qui réunit les personnes s’occupant d’enfants de moins de cinq ans touchés par la malnutrition aiguë modérée.
Des personnes référentes sont formées à la préparation de recettes nutritives, adaptées aux habitudes alimentaires locales et élaborées à partir d’ingrédients disponibles sur place. Elles transmettent ensuite leurs connaissances aux autres membres de leur groupe. Les familles reçoivent également les ustensiles et les produits nécessaires pendant les huit semaines du programme.
Ces groupes permettent aussi d’échanger sur les bonnes pratiques nutritionnelles et d’apprendre à utiliser le périmètre brachial (MUAC) afin de repérer les signes de malnutrition chez les enfants. En renforçant les connaissances au sein des familles et des communautés, le programme vise à détecter plus tôt la malnutrition et à éviter que les cas modérés n’évoluent vers une malnutrition aiguë sévère.
Le projet s’est achevé en mai 2026. Les 2 880 enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée inclus dans le programme ont été accompagnés, avec un taux de guérison de 98,3 %.
Au total, 20 136 enfants de moins de cinq ans ont été dépistés, tandis que 1 920 personnes s’occupant d’enfants ont appris à utiliser le périmètre brachial. Elles peuvent ainsi mieux identifier les signes de malnutrition et solliciter une prise en charge lorsque cela est nécessaire.
Par ailleurs, 7 687 personnes ont été sensibilisées aux bonnes pratiques en matière de nutrition de la mère, du nourrisson et du jeune enfant.
Le projet a également permis de créer 117 groupes d’entraide entre pairs, dont 33 groupes « Father to Father », destinés à renforcer l’implication des hommes dans la nutrition et à favoriser un meilleur partage des responsabilités liées aux soins des enfants.
Fatima Musa, 22 ans, est une mère célibataire originaire de Bama, dans l’État de Borno. Après avoir échappé à des groupes armés qui la retenaient captive, elle s’est installée à Pulka, dans la zone de Gwoza, avec son fils Ali, âgé de 13 mois, sans famille à proximité ni réseau de soutien sur lequel compter.
L’insécurité alimentaire a rendu sa situation particulièrement difficile. Il arrivait à Fatima de se coucher le ventre vide et elle rencontrait des difficultés à allaiter suffisamment son fils.
“Je me suis échappée de la brousse et je suis arrivée ici seule. Je n’ai pas de famille avec moi, personne pour m’aider. Certaines nuits, je me couchais sans avoir mangé et je sentais que je ne produisais pas assez de lait pour mon bébé. Je ne savais pas où aller ni à qui demander de l’aide.”
Lors d’un dépistage communautaire de routine réalisé par les équipes de mobilisation communautaire en nutrition de Première Urgence Internationale, Ali a été identifié comme souffrant de malnutrition. Son périmètre brachial mesurait 11,7 cm et il a alors intégré le programme Tom Brown.
Fatima Musa et son fils lors du dépistage au camp de transit de Pulka, dans la zone de Gwoza, le 31 décembre 2025. Le périmètre brachial d’Ali mesurait 11,7 cm.
Au fil du programme, Fatima a acquis de nouvelles connaissances pour mieux nourrir son enfant et prendre soin de sa santé comme de celle de son fils. Le groupe d’entraide lui a également permis d’échanger avec d’autres mères confrontées à des difficultés similaires.
« La formation m’a appris des choses que je ne connaissais pas : comment bien nourrir mon enfant, mais aussi comment prendre soin de ma propre santé pour pouvoir prendre soin de lui. Être avec les autres mères m’a également aidée. Je ne me sentais plus aussi seule. »
Fatima Musa lors de la première semaine du programme au camp de transit de Pulka, dans la zone de Gwoza, le 1er avril 2026.
Après quatre semaines, le périmètre brachial d’Ali était passé de 11,7 cm à 12,3 cm. Fatima constatait déjà des changements dans son quotidien : son fils grandissait et devenait plus actif.
Fatima Musa et son fils lors du suivi du périmètre brachial après quatre semaines, au camp de transit de Pulka, dans la zone de Gwoza, le 22 avril 2026.
Après huit semaines, le périmètre brachial d’Ali atteignait 13,3 cm.
« Mon fils grandit maintenant. Je vois la différence. Il est plus actif et j’arrive à mieux l’allaiter qu’avant. Je suis reconnaissante envers Première Urgence Internationale et toutes les personnes qui nous ont aidés. »
Fatima Musa et son fils après huit semaines de programme au camp de transit de Pulka, dans la zone de Gwoza, le 18 mai 2026. Le périmètre brachial d’Ali mesurait 13,3 cm.
Aujourd’hui, Fatima reste confrontée aux difficultés liées au déplacement et au fait d’élever seule son fils. Mais le programme lui a permis d’acquérir des connaissances pratiques qu’elle peut continuer à mobiliser pour veiller à la nutrition et au développement d’Ali, tout en créant des liens avec d’autres personnes de sa communauté.
Pour des familles comme celle de Fatima, prévenir la malnutrition ne consiste pas seulement à intervenir lorsqu’un enfant tombe malade. Il s’agit aussi de donner aux parents et aux personnes qui s’occupent des enfants les connaissances et les outils nécessaires pour reconnaître au plus tôt les signes de malnutrition et protéger durablement leur santé.