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Faciliter l’accès aux soins au nord du Bénin pour les populations les plus vulnérables

Dans le département de l’Alibori, au nord-est du Bénin, la situation humanitaire évolue rapidement. Longtemps considérée comme relativement stable, cette région frontalière du Niger et du Nigeria est aujourd’hui confrontée à une montée progressive de l’insécurité.

Publié le 27/05/2026 | Temps de lecture : 20 min

Urgence Liban

La situation est dramatique.

Dès les toutes premières heures de la crise, les équipes de Première Urgence Internationale se sont mobilisées sans relâche. Présentes à Baalbek, Hermel, Beyrouth ou encore dans le sud du pays, près de la frontière israélienne, violemment touchée, elles agissent avec un engagement exceptionnel pour venir en aide aux civils pris au piège des violences.

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Accès aux soins au Bénin : pourquoi la situation se dégrade au nord du pays ? 

Les violences liées aux groupes armés, qui s’étendaient jusque-là au Sahel et au nord-ouest du Nigeria, gagnent du terrain. Et avec elles, un phénomène de plus en plus visible : des familles entières contraintes de fuir leur village pour trouver refuge ailleurs. 

Les données les plus récentes montrent une évolution nette : les incidents violents ont augmenté d’environ 80 % entre 2024 et 2025, tandis que le nombre de morts a été multiplié par trois sur la même période. 

Cette dégradation a un effet immédiat sur les populations : elle provoque des déplacements internes de plus en plus nombreux. 

Les familles quittent leurs villages pour rejoindre des zones jugées plus sûres, principalement les centres urbains secondaires et les communes voisines

Depuis 2024, les communes frontalières de l’Alibori connaissent une augmentation rapide des mouvements de population. 

Les chiffres illustrent cette accélération :

  • En juin 2024, environ 4 000 personnes déplacées étaient recensées dans la région.
  • En février 2026, elles sont près de 12 800, soit plus du triple en moins de deux ans. 

Certains épisodes récents illustrent cette dynamique : 

  • 2 586 personnes ont rejoint Malanville-Karimama depuis le Niger en juin 2025 
  • plus de 3 100 personnes ont été déplacées à Segbana depuis le Nigeria en février 2026 

La grande majorité de ces familles s’installe dans des communautés d’accueil déjà fragiles, ce qui accentue la pression sur les ressources locales et les services essentiels. 

Accès aux soins au Bénin : quand la crise sécuritaire devient une crise sanitaire 

Ces déplacements ont une conséquence directe mais souvent moins visible : ils fragilisent encore davantage l’accès aux soins. 

Dans l’Alibori, les infrastructures de santé sont limitées et déjà sous tension. L’afflux de population, combiné à l’insécurité, rend l’accès aux services encore plus difficile, notamment pour les populations les plus vulnérables. 

Et pourtant, les besoins de santé restent très élevés. 

Dans cette région, les données de santé sont particulièrement révélatrices : 

  • 391 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes ;
  • 80 décès d’enfants de moins de 5 ans pour 1 000 naissances vivantes ;
  • dont 23 décès néonatals pour 1 000 naissances. 

Le paludisme reste la principale cause de maladie et de mortalité chez les jeunes enfants. Par ailleurs, la couverture vaccinale reste insuffisante : plus de la moitié des enfants ne sont pas vaccinés contre la rougeole, ce qui augmente le risque d’épidémies. 

La situation nutritionnelle vient encore aggraver ces vulnérabilités.  

Malnutrition au nord du Bénin : un facteur aggravant majeur 

Dans l’Alibori, près d’un enfant sur deux de moins de 5 ans présente un retard de croissance, signe d’une malnutrition chronique. 

À cela s’ajoute un nombre important d’enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée ou sévère, nécessitant une prise en charge urgente. 

Les femmes enceintes et allaitantes sont également particulièrement exposées. 

Dans ces conditions, l’accès à des soins de qualité, rapides et adaptés devient un enjeu vital. 

Aide humanitaire au Bénin : une réponse qui combine urgence et durabilité 

Depuis décembre 2024, Première Urgence Internationale intervient dans les zones sanitaires de Banikoara, de Malanville-Karimama et de Kandi-Gogonou-Segbana pour soutenir les populations locales, déplacées internes, réfugiées et demandeuses d’asile. 

Notre approche combine réponse d’urgence et renforcement durable du système de santé. 

Les objectifs sont clairs : 

  • améliorer l’accès gratuit aux soins essentiels 
  • réduire les principales causes de mortalité évitable

Gratuité des soins : un levier décisif pour les populations vulnérables 

Accès aux soins au Bénin avec une stratégie avancée dans le département d’Alibori © Yanick Folly

Dans cette région, le coût et l’éloignement géographique restent les principaux obstacles à l’accès aux soins. Première Urgence Internationale agit pour lever ces obstacles grâce à plusieurs modalités d’intervention. 

  • Gratuité en situation d’urgence : dans les zones touchées par les déplacements forcés, les épidémies ou des catastrophes naturelles, les équipes appuient temporairement les centres de santé afin d’assurer la gratuité des soins pour les populations affectées, le temps que la situation puisse être absorbée par le système de santé public. 

Ainsi, depuis le début du mois de mars 2026, les équipes de Première Urgence Internationale sont mobilisées dans la commune de Segbana aux côtés des autorités sanitaires, pour répondre aux besoins les plus critiques des populations déplacées suite à une recrudescence des violences liées aux groupes armés non étatiques le long de la frontière bénino-nigériane.  

  • Gratuité ciblée pour les plus vulnérables : Première Urgence Internationale garantit la gratuité des soins pour les femmes enceintes et allaitantes (consultations prénatales, suivi de grossesse, soins liés au paludisme, médicaments), les enfants de moins de cinq ans (soins liés au paludisme et à la malnutrition, médicaments), et les enfants souffrant de malnutrition aigüe modérée ou sévère dans les centres de santé identifiés comme étant les plus vulnérables.   
  • Gratuité totale de la prise en charge des enfants atteints de malnutrition aigüe sévère avec complications médicales, y compris prise en charge des repas des accompagnants.   
  • Déploiement de stratégies avancées : les centres de santé appuyés et leurs équipes se déplacement directement dans les villages avec leur matériel afin de proposer des consultations et une prise en charge gratuites au plus près des habitants, de les sensibiliser aux bonnes pratiques de santé et d’hygiène, de dépister la malnutrition chez les enfants, d’organiser des démonstrations culinaires et d’orienter les cas les plus graves vers les centres de santé. Joël, chargé des activités communautaires de Première Urgence Internationale depuis 2025, explique : « les stratégies avancées sont importantes parce qu’elles nous permettent de toucher les communautés très éloignées des centres de santé, de soigner les enfants et les personnes vulnérables de ces communautés ».
     

Renforcer durablement les structures de santé 

Au-delà de l’urgence, les activités de Première Urgence Internationale au Bénin visent aussi à améliorer les capacités du système de santé local. 

Elles reposent notamment sur : 

  • la formation des équipes médicales et des agents de santé ;
  • l’appui au respect des protocoles nationaux ; 
  • l’amélioration de la qualité et de l’accueil des patients ;
  • l’accompagnement des familles lors des hospitalisations d’enfants ;

L’objectif est d’assurer un accès aux soins plus efficace, aujourd’hui et à long terme. 

Des résultats concrets pour les populations dans l’Alibori 

Après plus d’un an d’intervention, l’impact de ces actions est déjà visible. 

Des femmes peuvent désormais accéder à des consultations prénatales gratuites et être suivies tout au long de leur grossesse.
Des enfants souffrant de malnutrition bénéficient d’une prise en charge complète, sans coût pour les familles. 

Pour beaucoup, cela signifie simplement pouvoir se soigner sans renoncer faute de moyens.  

  • Aïssatou, dont la famille vit près de la frontière nigérienne, a ainsi pu bénéficier d’une prise en charge médicale complète, après que sa famille a été accompagnée par des agents de santé communautaire lors de stratégies avancées (Découvrez son témoignage publié le 11 février 2026I).   
  • À Malanville, Alimiyaou témoigne : « grâce aux consultations prénatales gratuites, on me donne des informations concernant mon état de santé et aussi celui de mon bébé que je porte et des conseils pour vivre ma grossesse dans de bonnes conditions jusqu’au terme ». « Avant l’arrivée de Première Urgence Internationale, nous femmes pauvres n’avions pas accès aux soins malgré la volonté de consulter. Par défaut de moyens, tu es obligée de rester à la maison. » ajoute Roukaya.   
  • La mère d’un enfant hospitalisé en centre de nutrition thérapeutique pour Malnutrition Aiguë Sévère avec Complications (MASC) confie : « j’avais peur des dépenses car je n’avais pas d’argent. Mais grâce à Première Urgence Internationale, mon enfant a été soigné gratuitement et j’ai reçu une aide pour me nourrir et rester à ses côtés pendant son hospitalisation »

Une crise locale, un enjeu régional 

En facilitant l’accès gratuit aux soins essentiels, en appuyant les centres de santé et en renforçant la prévention au niveau communautaire, Première Urgence Internationale, grâce au soutien financier du Centre de crise et de soutien (CDCS) et de l’Union européenne, contribue à améliorer durablement la santé des populations les plus vulnérables de l’Alibori.  

Au-delà du Bénin, cette mission s’inscrit dans une logique de veille régionale sur les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, confrontés au débordement de la crise sahélienne. Cette veille constitue un enjeu clé pour anticiper les besoins humanitaires et renforcer la résilience des systèmes de santé face à des dynamiques régionales en constante évolution. 

Sensibilisation sur la malnutrition infantile au Sud-Kivu par Première Urgence Internationale

Stopper la malnutrition infantile au Sud-Kivu pour protéger durablement chaque enfant

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