De la crise à la résilience : l'héritage de Première Urgence Internationale en Irak

© Thibault Savary

De la crise à la résilience : l'héritage de Première Urgence Internationale en Irak

© Première Urgence Internationale

De la crise à la résilience : l'héritage de Première Urgence Internationale en Irak

© Livia Saavedra

De la crise à la résilience : l'héritage de Première Urgence Internationale en Irak

© Sarah Samya Anfis

De la crise à la résilience : l'héritage de Première Urgence Internationale en Irak

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1990-2025 : Chronique d’un engagement humanitaire

Depuis plus de trois décennies, l’Irak subit une succession de crises, allant de la guerre et de l’embargo aux déplacements de population et aux chocs climatiques. Tout au long de cette période troublée, Première Urgence Internationale s’est imposée comme un acteur humanitaire inébranlable, adaptant sa mission pour répondre à l’évolution des besoins et laissant derrière elle un héritage de résilience, d’innovation et de solidarité.

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Une mission née dans la crise

L’embargo décrété par l’ONU en 1990 à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak a provoqué un effondrement humanitaire. « La réalité de l’embargo en Irak était qu’il renforçait le pouvoir de Saddam Hussein tandis que la population s’enfonçait de plus en plus dans la misère », se souvient Jean Javogues, qui était alors expatrié en Irak pour Première Urgence Internationale. « Nous étions pratiquement les seuls à nous positionner sur ces questions de blocus et d’embargo. C’était dans notre ADN : briser un blocus pour maintenir l’accès. »

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Les hôpitaux se sont détériorés, les maladies ont refait surface et les systèmes éducatifs se sont effondrés. En 1997, Première Urgence Internationale commence ses opérations en Irak, réhabilitant des hôpitaux, formant du personnel et restaurant des infrastructures essentielles. Au début des années 2000, près d’un quart des lits d’hôpitaux irakiens avaient été remis en état. Erwan Le Grand, collègue de Jean, affirme n’avoir jamais rien fait de tel : « Ces hôpitaux de 600 à 700 lits figuraient autrefois parmi les meilleurs de la région. Les voir dans cet état était stupéfiant. Nous avons tout reconstruit, absolument tout. »

L’invasion de 2003 par la coalition menée par les États-Unis a plongé l’Irak dans le chaos. Malgré l’escalade de la violence, Première Urgence Internationale reste active, relocalisant les expatriés à Amman tout en renforçant les équipes locales. Elle élargit son champ d’action pour venir en aide aux populations déplacées, réhabiliter des écoles et favoriser la résilience culturelle grâce à des initiatives telles que la création d’un centre pour enfants à Bagdad. Première Urgence Internationale fonde également le Comité de coordination des ONG en Irak, renforçant ainsi la sécurité collective et l’efficacité opérationnelle.

S’adapter au conflit et reconstruire

Entre 2004 et 2009, Première Urgence Internationale répond aux combats intenses à Falloujah et Najaf en fournissant une aide médicale d’urgence, en réhabilitant les infrastructures et en apportant un soutien direct aux familles déplacées. Une initiative remarquable a été le programme d’évacuation médicale des enfants atteints de maladies cardiaques, en partenariat avec La Chaîne de l’Espoir.

À partir de 2010, Première Urgence Internationale s’oriente vers le développement communautaire. Le programme « Mon village, ma maison » à Bagdad favorise la relance de l’agriculture, l’accès à l’eau et la résilience économique, en encourageant la coopération entre les réfugiés, les personnes déplacées et les communautés d’accueil.

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Camp de Bajet Kandala dans la province de Dohuk en 2015
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Répondre aux nouvelles vagues de déplacements

Le conflit syrien de 2013 entraîne l’arrivée de plus de 63 000 réfugiés au Kurdistan irakien. Première Urgence Internationale lance une intervention rapide à Dohuk, répondant aux besoins en matière de santé et d’assainissement tout en poursuivant ses opérations dans tout l’Irak malgré la recrudescence de la violence.

L’approche intégrée de Première Urgence Internationale (soins de santé, WASH, abris et santé mentale) s’est avérée essentielle alors que l’Irak est confronté à des crises multiples, notamment le changement climatique. Classé cinquième pays le plus touché par le changement climatique au niveau mondial, l’Irak a vu ses communautés vulnérables souffrir de sécheresses, d’inondations et de tempêtes de sable, exacerbant l’insécurité sanitaire et alimentaire.


Une collaboration à partir de 2021 avec la Fondation pour le Logement des Défavorisés permettra la réhabilitation de 46 logements dans la province de Qadisiya, améliorant la protection des familles face aux vagues de chaleur, à la pénurie d’eau et aux autres effets du changement climatique. Elle a également contribué à sensibiliser les communautés aux impacts climatiques et à renforcer leur résilience, notamment grâce à un accompagnement psychosocial ciblé.

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Vue aérienne de la ville d'Abu Ghraib
aide humanitaire en Irak - Première Urgence Internationale soigne la malnutrition
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La crise de l’Etat Islamique et au-delà

Entre 2014 et 2017, la montée en puissance de l’Etat Islamique a déplacé plus de six millions d’Irakiens. Première Urgence Internationale intensifie ses efforts avec le soutien de bailleurs tels qu’ECHO, l’UNICEF et le HCR, en fournissant une aide multisectorielle : kits d’hygiène, sensibilisation à la violence sexiste, éducation aux risques liés aux mines, services de santé mobiles et réhabilitation des écoles. Même si les retours ont commencé, 1,3 million d’Irakiens seront toujours déplacés en 2020.

La sécurité et la logistique posent des défis constants. La coordination avec les deux gouvernements, le franchissement des points de contrôle et la gestion des livraisons médicales nécessitent des négociations stratégiques et des déplacements surveillés par GPS. Malgré ces obstacles, Première Urgence Internationale maintient une présence solide avec plus de 700 employés et 22 expatriés.

Innovation en temps de crise : COVID-19 et aide financière

Pendant la pandémie de COVID-19, Première Urgence Internationale assure la continuité des chaînes d’approvisionnement médical et produit même ses propres masques. En 2022, elle est la première à mettre en place une aide sous forme de bons d’achat axés sur la santé dans les zones reculées, permettant à plus de 300 bénéficiaires d’accéder à des consultations et à des médicaments via des portefeuilles numériques. Ce modèle holistique, qui couvre le transport, le traitement et le suivi, est salué par ECHO, qui prolonge son budget.

© Florent Vergnes / Première Urgence Internationale / 2020

© Florent Vergnes / Première Urgence Internationale / 2020

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Renforcer les capacités locales pour un avenir durable

Alors que l’Irak entre dans une phase de stabilisation, Première Urgence Internationale se concentre sur l’autonomisation des acteurs locaux. À Ninive, elle s’associe à l’organisation Hope Makers Organization for Woman (HMOW) pour soutenir le renforcement des capacités à Sinjar, une région marquée par le génocide des Yézidis en 2014. Première Urgence Internationale dispense des formations en santé mentale et soutien psychosocial, en gestion de projet et en protection, tout en veillant à ce que le soutien financier favorise l’autonomie et non la dépendance.

Grâce au renforcement de ses capacités et de sa visibilité, HMOW est désormais en mesure de mener des interventions humanitaires et de poursuivre les projets lancés par Première Urgence Internationale avec de nouveaux bailleurs tels que Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères français. Cette transition marque un tournant vers un redressement mené à l’échelle nationale, essentiel pour la résilience à long terme de l’Irak.

Crédit photo : © Première Urgence Internationale

Dans ce contexte, Première Urgence Internationale a fait le choix de laisser la place à Hope Makers Organization for Woman et de clore sa mission en Irak, après près de trente ans d’engagement aux côtés des populations irakiennes. Cette décision reflète la volonté de l’organisation de soutenir durablement les acteurs locaux, afin que les initiatives humanitaires puissent continuer à se développer au plus près des communautés.

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