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Au nord du Yémen, le soutien apporté à un centre de santé constitue l’ultime rempart contre l'insécurité alimentaire extrême pour plus de 70 000 personnes.
Publié le 18/02/2026 | Temps de lecture : 7 min
Dans le district d’Al-Mighlaf, au sein du gouvernorat d’Al-Hudaydah, plus de 70 000 personnes, dont 4 000 familles déplacées, vivent dans une pauvreté profonde. L’absence de services de base définit le quotidien de milliers d’habitants. Depuis 2018, Première Urgence Internationale soutient le centre de santé local, le transformant, grâce au soutien de l’Union Européenne, en l’une des plus grandes structures médicales fonctionnelles du nord de la région.
Le centre délivre un ensemble complet de soins primaires et dispose d’un centre de nutrition thérapeutique (TFC) de 18 lits pour traiter la malnutrition aiguë sévère. Pour cette communauté, l’endroit n’est pas qu’une clinique ; c’est un refuge, souvent la seule ligne de démarcation entre la vie et la mort.
Al-Mighlaf est entouré de fermes et de maisons informelles sans électricité. La nuit, les lumières du centre brillent jusqu’à quatre kilomètres à la ronde, une lueur rare dans l’obscurité complète. Le Dr Younis, chef d’équipe TFC pour Première Urgence Internationale, témoigne de cet isolement géographique et social extrême par ces mots :
« Quand je quitte la clinique, je ne vois que les étoiles et la lune. Il fait un noir complet à l’extérieur du centre de santé après le coucher du soleil. »
L’accessibilité est un défi majeur : la pharmacie la plus proche est à 30 minutes de route – un voyage inabordable pour beaucoup – et certains marchent neuf kilomètres simplement pour acheter du pain.
Chaque jour, le centre est bondé. Des patients marchent des heures, parfois pieds nus, pour atteindre les soins. Le service est continu, 24h/24 et 7j/7. Le Dr Younis souligne l’aspect vital de cette mission d’accueil inconditionnel :
« Ce n’est pas seulement un centre de santé, ce bâtiment est devenu un lieu de refuge. Nous ne pouvons pas renvoyer les gens. Il n’y a nulle part ailleurs où ils peuvent aller. »
Centre de santé et d’alimentation thérapeutique d’Al-Mighlaf, gouvernorat de Hodeidah, Yémen | © Première Urgence Internationale
En 2018, le centre de nutrition thérapeutique traitait 12 patients par mois. Le mois dernier, il en a traité 127, soit une augmentation de près de dix fois.
En septembre 2025, un couple est arrivé après avoir marché 7 kilomètres avec leur fille de 8 mois. Elle était inconsciente et souffrait de complications liées à une malnutrition aiguë sévère. Après avoir été immédiatement prise en charge par les équipes soutenues par Première Urgence Internationale, l’enfant a repris des forces. Le Dr Younis se souvient de l’émotion du père lorsque l’enfant s’est réveillée :
« Son père s’est mis à pleurer quand elle s’est réveillée. C’était un cas critique ; elle n’aurait peut-être pas survécu. Il ne voulait qu’une chose : sauver la vie de sa fille. Il n’avait nulle part ailleurs où aller. »
À sa sortie, après cinq jours, le poids du bébé était passé de 2,7 kg à 3,2 kg, et la famille a reçu une assistance alimentaire pour consolider ce rétablissement.
Les récentes réductions de l’aide ont accru la pression sur le centre. Le nombre de membres du personnel a diminué, tandis que le nombre de patients augmente. Chaque membre de l’équipe effectue désormais le travail de deux personnes. «Malgré tout, les patients reçoivent des soins dignes, et c’est ce qui compte et nous pousse à travailler le lendemain », déclare le Dr Younis
Malgré les coupes budgétaires mondiales d’avril 2025, la continuité des services a été préservée grâce au soutien généreux de l’Union Européenne. Entre mai 2025 et aujourd’hui, Première Urgence Internationale a réalisé plus de 26 000 consultations médicales et traité 719 enfants pour malnutrition aiguë sévère. Le Dr Younis, qui vit sur place, exprime la dureté mais aussi la nécessité de cet engagement :
« J’ai travaillé dans de nombreux endroits, mais je n’ai jamais vu une pauvreté et une impuissance pareilles. Les enfants arrivent avec seulement la peau sur les os. »
Sans ce soutien humanitaire continu, Al-Mighlaf perdrait sa lutte contre la faim et la maladie.