« Les patients comptent sur nous : certains ont dû parcourir plusieurs kilomètres à pieds pour se faire soigner »


Le docteur Mamadou travaille depuis 2012 comme médecin dans la Maison Médicale de Wassadou. Il témoigne de son expérience.

Quelles évolutions de la Maison Médicale avez-vous constaté depuis 2012 ?

J’ai intégré la maison médicale de Wassadou en 2012, suite à la reprise du projet par Première Urgence Internationale. En 6 ans, j’ai pu constater beaucoup d’évolutions dans l’organisation de la Maison Médicale. Première Urgence Internationale nous a aidés pour améliorer la gestion et redresser le modèle économique, qui était au bord de la faillite en 2012.
Aujourd’hui, la maison médicale est revenue sur les rails. L’essentiel de nos revenus provient de la pharmacie, puis des consultations, et enfin de nos activités de maraîchage.

Quelle est votre journée type ?

Habituellement, nous avons environ 35 consultations par jour. Nos journées de travail commencent dès 8h. Le matin, nous prenons en consultation les personnes hospitalisées. Puis, l’après-midi, nous accueillons les patients externes, mais nous pouvons aussi prendre en charge les urgences, tout au long de la journée.
Les lundis et mercredis, nous prenons les rendez-vous pour les échographies.

Mon rôle est aussi d’assurer la surveillance de la pharmacie et de faire le suivi des stocks de médicaments et du laboratoire.
Actuellement, nous faisons face à un pic de paludisme, et les consultations ont nettement augmenté. Par exemple, aujourd’hui, j’attends plus de 45 patients. Il est parfois difficile de tenir le rythme de travail très soutenu, et je peux parfois enchaîner toute une journée de travail sans faire de pause. En effet, les patients comptent sur nous : certains ont dû parcourir plusieurs kilomètres à pieds pour se faire soigner.

Nos équipes réalisent aussi des déplacements en brousse, pour apporter les premiers soins aux malades dans les zones les plus reculées, et qui ne peuvent se déplacer jusqu’à la maison médicale. Nos déplacements se font 2 fois par mois, et sont assurés par une sage-femme, l’infirmière ou par moi-même. Nous nous rendons ainsi dans plus de 60 villages, à un périmètre de 50km autour de Wassadou.
Certains villages sont tellement enclavés que même le 4×4 ne peut y accéder.

Les patients de la maison médicale de Wassadou : d’où viennent-ils ? Quelles sont leurs pathologies ?

Les malades qui se rendent à la maison médicale de Wassadou sont des habitants de Wassadou, mais aussi des villages alentours tels que Dialokoto ou Badi.

A chaque saison, nous voyons ressurgir certaines maladies endémiques. Pendant la saison des pluies, de juillet à novembre, c’est le paludisme. Puis, de novembre à juin, nous avons les maladies pulmonaires (bronchites, pneumonies…) et les dermatoses. Nous constatons aussi des pics de maladies diarrhéiques en périodes de fortes chaleurs.

Après avoir fait ce constat, nous pouvons prévoir d’augmenter nos stocks de médicaments pour le traitement de ces maladies à chaque début de saison, afin de ne pas être en rupture.

Si la maison médicale de Wassadou n’existait pas, où iraient les malades ?

Il existe d’autres centres de soins dans la région, sans compter l’hôpital de la ville de Tambacounda, à 58km d’ici. Mais dans cette zone rurale, la maison médicale de Wassadou est la seule qui dispose d’un plateau technique avec un échographe, une radiographie et un laboratoire.

De plus, nous avons une ambulance qui assure les transports de malades en urgence, et le rapatriement vers la ville de Tambacounda si nécessaire. Par ailleurs, les autres structures médicales ne disposent pas de médecin : les soins sont assurés par les infirmières et les sages-femmes.

Y-a-t-il des événements qui vous ont marqué dans le cadre de votre travail à la maison médicale ?

Oui, il y a une jeune femme qui m’a beaucoup marqué. Elle s’appelle Sira.

Sira est venue à la maison médicale pour se faire soigner après un accouchement difficile, qu’elle avait fait chez elle, sans assistance médicale.

Cette femme, comme beaucoup d’autres dans la région, avait choisi d’accoucher seule à domicile, en raison de sa situation : elle n’était pas mariée, et ni elle, ni sa maman chez qui elle vivait, ne pouvait prendre en charge les frais de santé liés à l’hospitalisation.

Je lui ai fait passer une échographie, et un médecin retraité français en cardiologie, qui nous visite tous les 6 mois, l’a aussi examinée. Nous avons diagnostiqué à la jeune femme une grave complication péri ou post partum (œdèmes, cardiopathie…). En effet, pendant qu’elle accouchait seule, Sira avait perdu beaucoup de sang. Le cardiologue m’avait alors confié que Sira ne vivrait plus dans 6 mois.

Malgré tout, j’ai décidé de l’hospitaliser d’urgence et de lui administrer un traitement de longue durée. Au bout de 18 mois de traitement, Sira a progressivement retrouvé la santé, et sa silhouette. Elle est aujourd’hui guérie.

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